Je l’attendais avec impatience, et le voici maintenant
disponible en librairie. Le dernier ouvrage d’Antonine Maillet, Fabliau des Temps Nouveaux a été publié
chez son éditeur Leméac. J’ai acheté mon exemplaire chez Renaud-Bray, oùFabliau des Temps Nouveaux nous est
présenté emballé d’une fine particule de plastique qu’on peine à enlever sans
abîmer le petit livre. Le fabliau de Maillet est fort court, il fait à peine 70
pages. J’aurai aimé avoir affaire à quelque chose de plus dense, à l’image de Les-Cordes-de-Bois, par exemple. Il va
sans dire que j’ai été surprise par le petit volume, l’écrivaine nous ayant
habitués à des romans un peu plus costauds. Et c’est bien là le problème, Fabliau des Temps Nouveaux n’est pas un
roman, mais un conte qui emprunte au style de la fable. Il aurait été sans
doute difficile d’étirer la sauce outre mesure pour offrir à ses lecteurs
quelques pages supplémentaires. Personnellement, ce qui me plaît, c’est le roman
et par conséquent, je cherchais, en lisant Fabliau
des Temps Nouveaux, un nouveau roman d’Antonine Maillet. Or, je ne suis pas
déçue pour autant.
On retrouve dans Fabliau
des Temps Nouveaux le style accomplit d’Antonine Maillet. Un vieil adage
dit que c’est dans les petits pots qu’on retrouve les meilleurs onguents, et
c’est sans doute vrai. L’œuvre est courte, certes, mais ce fabliau d’Antonine
Maillet est savoureux et offre de belles couleurs qui sont absolument à
découvrir. On y reconnaît Antonine Maillet. J’ai eu l’impression de lire
quelque chose de très frais, de vivifiant dont il est de votre devoir de vous
approprier en lisant le Fabliau des Temps
Nouveaux. Dans cette histoire, le petit nouveau du village, sans doute
situé quelque part en Acadie, et pourquoi pas à Bouctouche, un Pain Chaud pétri
par les doigts de sa mère, se joint aux enfants des voisins : un oiseau,
un poisson, une fleur, un chat. Les cinq acolytes deviendront rapidement les
meilleurs amis du monde.
Tranquillement, les jeux de la vieille n’amusent plus Pain
Chaud qui cherche à vivre des aventures plus exaltantes. Ayant semé la pagaille
au village, Pain Chaud ressent vite des remords et ses trente-six larmes
viennent rapidement le métamorphoser en petit monstre dont le menton tombe au
niveau du nombril… À titre de bonne boulangère et de bonne maman, Mme Painchaud
vint au secours de son fils. Il n’en demeure pas moins que le besoin d’aventure
se fait sentir, alors que les uns et les autres font entendre leurs voix afin
que la paix et la tranquillité reviennent au pays des côtes. On propose un tour
de la planète dont le Temps se chargera de présenter à ses compagnons, puis
suivra de nouveaux guides : le Passé, le Futur et l’Avenir. Les amis se
donneront des défis à surmonter qui, tout à tour, leur permettront de découvrir
le monde et ses problèmes : la pollution, les inégalités sociales, les
exodes migratoires, les guerres. Devant l’ampleur de toutes ces catastrophes
modernes, Pain Chaud s’accroche courageusement :
« À cette image du Temps qui surgit sous son front,
Pain Chaud accroche ses jambes à son cou et se hâte de rentrer auprès des
siens.
Et c’est alors, au moment de retrouver son monde, juste
comme il les aperçoit tous les quatre aux pieds du maître et de ses deux
acolytes, le vénérable Passé et l’Avenir fougueux, que le cerveau en ébullition
du petit Pain gonfle à en faire craquer sa croûte. Il se jette aux pieds du
Temps :
– Ô maître, dessinez-nous des Temps
Nouveaux de toutes les couleurs!
Le Temps sourit à son disciple insatiable, fait un large
tour des têtes, puis attrapant au vol un oiseau de nuit, il lui emprunte sa
plus longue plume et la plonge dans l’arc-en-ciel du soir.
Espoir. » (Antonine Maillet, Fabliau des Temps Nouveaux, Leméac, p. 67-68).
Ces Temps Nouveaux, c’est l’Avenir, version Antonine Maillet, mais en mieux.
Moi qui avais envie d’un nouveau roman d’Antonine Maillet,
je viens d’emprunter à la Grande Bibliothèque Les-Codes-de-Bois, que je n’ai pas relu depuis… environ 15 ans.
J’ai bien sûr mon propre exemplaire des Cordes-de-Bois,
mais à l’époque, je l’ai lu et relu bien des fois, ce qui fait en sorte
qu’aujourd’hui, mon livre est quelque peu fatigué, les premières pages n’y sont
plus très solides. En commençant ce blogue, j’avais pour projet de relire mes
lectures universitaires, mais j’ai vite constaté que la relecture me
replongeait directement dans mes souvenirs de lecture pour ainsi me rendre
compte que, mine de rien, je n’avais rien oublié. Alors j’ai bien hâte de voir
comment je vais réagir à la relecture des Cordes-de-Bois
et si ce roman d’Antonine Maillet va toujours m’inspirer la même exaltation.
L’année 2020 a commencé en grand pour l’écrivaine
Antonine Maillet! Le 8 janvier dernier, l’écrivaine s’est vu décerner la
citoyenneté d’honneur de la Ville de Montréal. Voilà donc une distinction de
plus qui vient s’ajouter à celle qui est lauréate du prix Goncourt 1979,
officière de l’ordre des Palmes académiques 1980, commandeure de l’ordre
du Mérite 1997, officière de la Légion d’Honneur 2003… Ce n’est pas la
première fois que la Ville de Montréal remet un titre honorifique à Antonine
Maillet. En 1981, trois ans après avoir remporté le prix Goncourt, la rue
Wilder, où elle a habité pendant de nombreuses années dans le quartier
Outremont, a été rebaptisée l’avenue Antonine Maillet. Une décennie plus tard,
en 1991, l’écrivaine acadienne fut nommée Grande Montréalaise. Depuis son
arrivée dans les années 70 jusqu’à aujourd’hui, la Ville de Montréal a su
reconnaître le talent de l’écrivaine et l’honore, depuis quatre décennies,
toujours en grande pompe.
L’obtention d’une nouvelle distinction n’en est jamais une
de trop et est toujours à célébrer en grand, surtout lorsqu’il s’agit d’Antonine
Maillet. Évidemment, l’Acadie est très importante dans l’œuvre d’Antonine
Maillet, mais on doit à Montréal une fière chandelle, car c’est ici, dans ce
Montréal que j’habite moi aussi, que s’est forgée son identité de créatrice.
Pour bien le comprendre, on se doit de lire Clin d’œil au Temps qui passe,
publié chez Leméac en 2019. On retrouve également ailleurs des traces de son
affection pour Montréal, entre autres dans cet article tiré du Devoir, dans
lequel Antonine Maillet déclare : « Je ne pourrais plus vivre en Acadie
aujourd’hui. Je ne dis pas que j’en mourrais, mais je n’y serais pas aussi
heureuse qu’à Montréal. C’est ici que j’ai fait ma vie. Et puis, si j’habitais
là-bas, je ne serais plus aussi nostalgique de mon pays natal. Comment ferais-je
alors pour écrire? » (Rue Antonine-Maillet, à Outremont — « Montréal, c’est ma
ville! », Le Devoir, collaboration spéciale d’Émilie Corriveau, le 16 novembre
2011).
Le 8 janvier 2020, la mairesse de Montréal, Valérie Plante,
remit à Antonine Maillet sa citoyenneté d’honneur en soulignant qu’elle est
« une grande femme de lettres, une icône de la littérature. » Le hasard faisant
toujours bien les choses pour Antonine Maillet, peut-être que le fait que
Valérie Plante se soit retrouvée assise à ses côtés lors de la soirée
d’ouverture de la dernière édition du Salon du livre de Montréal a quelque
chose à voir avec cet hommage. Afin de souligner l’événement à ma manière, je
viens de relire quelques pages de son Clin d’œil au Temps qui passe, son œuvre
autobiographique qui ne se veut pas réellement en être une car Antonine Maillet
n’a jamais voulu écrire son autobiographie, au sens propre du terme. Clin d’œil
au Temps qui passe se lit comme un récit, l’écrivaine nous révèle,
courageusement, à nous, ses lecteurs, quelques secrets. En ce sens Nathalie
Petrowski et Antonine Maillet se rejoignent. Malgré leur célébrité, toutes
deux n’ont pas hésité à confier publiquement certaines blessures ayant marqué
le parcours de leur existence. Mais ce qu’il faut surtout retenir, c’est leur
extraordinaire résilience et la volonté d’exceller dans leurs activités
professionnelles. En ce sens, Nathalie Petrowski et Antonine Maillet ne sont
pas si différentes l’une de l’autre. Je vous recommande fortement tant la
lecture de ce Clin d’œil au Temps qui passe d’Antonine Maillet que des mémoires
de Nathalie Petrowski, La critique n’a jamais tué personne, ne serait-ce que
pour se familiariser avec leurs parcours réciproques. Vous ne pourrez que
l’apprécier l’une et l’autre que davantage. On en apprend des choses, en lisant
Clin d’œil au Temps qui passe. On parvient ainsi à réaliser par soi-même le
rôle de première importance qu’a joué l’ethnographe Luc Lacourcière, qui fut le
directeur de thèse à l’Université Laval de Maillet, dans son cheminement :
« À la
suggestion du professeur Luc Lacourcière, j’avais renoncé au thème de la
gigantomachie chez Rabelais pour celui plus spécifique de Rabelais et l’oralité
en Acadie. Après plus d’un demi-siècle, j’entends encore la voix à la fois
chaleureuse et nasillarde du plus grand spécialiste en littérature orale
acadienne : « Rabelais est inépuisable. Pourquoi vous hasarder sur un
terrain que d’autres peuvent emprunter autant que vous, alors qu’il existe une
voix qui n’appartient qu’à vous seule. Je vous recommande d’aller dans cette
direction. » » (Clin
d’œil au Temps qui passe, p. 73).
Cette direction, celle qui a forgé son
originalité, Antonine Maillet la suivit toute sa vie. Sa thèse de doctorat, Rabelais et les traditions populaires en
Acadie fut un point culminant, lui permettant de dépoussiérer le lien nous
unissant à la France et, par le fait même, d’exploiter toute la richesse de ce
vocabulaire appartenant à un temps ancien, mais toujours présent dans le pays
d’Acadie de ses aïeux. Des années plus tard, suite à une brillante carrière
d’universitaire, forte de son succès populaire inattendu avec La Sagouine, Antonine Maillet décida,
dans les années 70, de s’établir dans ce Montréal qui semblait alors
l’accueillir à bras ouverts. Et ce, malgré quelques incompréhensions exprimées
par son public québécois…
« « Les Acadiens, vous êtes encore
vivants? » Je devais
répondre à cette question. Mais, pour y parvenir, il ne suffisait pas d’avoir
été témoin de sa petite histoire. Pour situer ce morceau de vie dans les
paramètres de notre espace-temps, il me fallait du recul. Ce flot de visions,
de cris, de murmures, de chuchotements, ragornés durant quarante ans, il
m’était impossible de le déverser du haut de l’arbre penché sur ma maison
natale. J’avais besoin de liberté et de distance. » (Clin d’œil au Temps qui passe, p. 94). C’est donc de Montréal qu’Antonine
Maillet écrivit l’essentiel de ses romans et pièces de théâtre :
« Du carreau de fenêtre d’un grenier,
au pied du mont Royal, j’avais vue sur toutes les veuves à Calixte :
celles de Montréal, du Québec, des Amériques, du globe tout entier où
pullulent tant de ces acariâtres, que j’ai la
possibilité d’y retrouver enfin la seule vraie, la pie-grièche qui chatouille
les doigts de l’écrivain et, avec ou sans son consentement, finit par se
glisser entre les pages de ses écritures. Voilà comment et pourquoi j’ai déposé
mes pénates à Montréal. Les événements rapportés plus haut, qui m’avaient fermé
la porte de l’enseignement chez moi, ont étrangement contribué à me garrocher
par-dessus bord… tribord, bâbord, bon bord… si fait, après toutes ces années,
aujourd’hui je sais que ce jour d’octobre 1972, j’ai atterri du côté de mon
avenir. Pourtant j’aimais mon coin de pays, j’aimais raconter, mais ne pouvais
raconter librement mon peuple que vu de loin. J’ai songé à Gabrielle Roy, Anne
Hébert, Marie-Claire Blais, ces exilées… Et je m’établis à Montréal. » (Clin d’œil au Temps qui passe, p. 94-95). Sa résistance, Antonine Maillet l’a
doit à cette mission dont elle s’est sentie investit très tôt dans la
vie : celle de défendre les couleurs de l’Acadie, de l’aider à s’établir
culturellement, et aussi celle de l’écrire. À ce sujet, l’œuvre phare de
Maillet est sans contredit La Sagouine.
Au Nouveau-Brunswick, et sans doute partout ailleurs au pays, on connaît
beaucoup plus Antonine Maillet comme étant l’autrice de La Sagouine que comme récipiendaire du prix Goncourt pour Pélagie-la-Charrette. La Sagouine est un réel succès
populaire, un phénomène de société, qui a su charmer un très large public
intergénérationnel. C’est somme toute assez extraordinaire de constater que la
Sagouine vole littéralement la vedette au prix Goncourt et à sa Pélagie, mais
je ne crois pas que cela déplaise à Antonine Maillet.
En ce qui me concerne, si vous me
demandez quelle est mon œuvre préférée d’Antonine Maillet et celle dont je me
suis complètement appropriée, je vous répondrai : Les Cordes-de-Bois. J’ai lu Les
Cordes-de-Bois pour la toute première fois lorsque j’en avais le plus de
besoin, alors que j’étais étudiante à l’Université de Poitiers en licence de
lettres modernes. J’étais déjà bombardée en lectures obligatoires de toutes
sortes, je ne savais plus trop où me donner de la
tête, mais quoi qu’il en soit, j’ai tout de même lu ce roman d’Antonine
Maillet, tout à fait par hasard, alors que j’étais à la recherche d’un sujet de
dissertation. D’abord, ce charmant titre m’a captivé. Ce dernier a vite fait de
me ramener à ma réalité néo-brunswickoise. Voyez-vous, chez nous, en hiver, la
maison familiale est chauffée non pas à l’électricité, qui de beaucoup trop
cher au Nouveau-Brunswick, ni au gaz, mais on chauffe, encore aujourd’hui, avec
des codes de bois qui sont minutieusement cordées avec soin chaque automne dans
la cave, prêtes à affronter l’hiver. En fait, les codes de bois d’Antonine
Maillet représentaient pour moi tout simplement du bois de chauffage et je
trouvais ce titre fort original. Ce roman m’a vite conquise. J’allais en faire,
plus tard, avec La Veuve enragée, mon
sujet de mémoire de maîtrise de lettres modernes. La lecture des Cordes-de-Bois a été pour moi une
véritable révélation. J’ai eu la chance de faire dédicacer mon exemplaire tout
défraîchi et abîmé à couverture rouge des Cordes-de-Bois
parAntonine Maillet lors du
Salon du livre de Montréal de 2019. J’étais tout à fait exaltée. Au tournant
des années 2000, j’étais peut-être en France, mais j’allais, de la France,
étudier l’œuvre d’Antonine Maillet.
Je vous conseille fortement la lecture des Codes-de-Bois. Ce qui est plaisant dans
ce roman, c’est l’explosion de fraîcheur, la vitalité des personnages, dont la
Bessoune et la Piroune (cette dernière ayant été interprétée par une certaine
Denise Filiatrault au théâtre), une couleur aux accents folks et, assurément,
les voix acadiennes qui s’y entremêlent pour donner vie à ce fabuleux tableau,
une épopée de vies acadiennes. La différence, pour ne pas dire décalage entre
toutes mes lectures dites « obligatoires »de licence de lettres et ce
roman d’Antonine Maillet était pour moi quelque chose d’extraordinaire. Aux
côtés de ma favorite, les auteurs français, exclusivement masculins, que je
devais absolument m’appliquer à lire et parfois à lire et relire encore tant et
si bien que certains d’entre eux me laissaient complètement indifférente malgré
tous mes efforts, et bien, ces auteurs étaient ternes, en comparaison. En fait,
mes autres lectures n’éveillaient pas en moi le même sentiment d’enthousiasme
que celle que j’avais ressentie en lisant Les-Cordes-de-Bois.
Il n’a pas dû être très difficile pour Antonine Maillet de transposer, au
théâtre, l’univers des cordes-de-bois par l’entremise de La Veuve enragée tellement son roman est vivant. Mes coups de cœur
littéraires sont très rares, mais Les-Cordes-de-Bois,
c’est tout à fait ça, un véritable coup de cœur.
Bientôt, un nouvel ouvrage d’Antonine
Maillet viendra s’ajouter à sa bibliographie : Fabliau des temps nouveaux, qui devrait être disponible sous peu en
librairie. Dans le cadre de l’édition 2019 du Salon du livre de Montréal,
Antonine Maillet avait lu un extrait de cette œuvre inédite. Vous retrouverez
quelques extraits sur ma chaîne YouTube.
Lors de sa présentation, Antonine
Maillet dit avoir lu le même extrait à une amie aveugle. Quelques mois ont
passé depuis le Salon du livre de Montréal, et ce n’est que depuis peu que j’ai
fini par réaliser que cette amie aveugle en question pourrait être nulle autre
que Viola Léger, l’interprète de la
Sagouine. Cette grande comédienne dut se retirer de la scène publique en 2017,
après avoir souffert d’un accident vasculaire cérébral. J’adore la sonorité du mot « fabliau ».
Selon le dictionnaire le Trésor de la
langue française, un fabliau est un « conte populaire en vers, satirique ou
moral. ». À ce sujet, il aurait été question que ce terme « fabliau »,
absolument superbe et tellement original, apparaisse comme sous-titre, mais
l’éditeur Pierre Filion de Leméac suggéra à Antonine Maillet de plutôt
l’ajouter dans le titre. Choix très judicieux qui ouvre toute grande la porte à
un autre merveilleux monde de la créatrice qu’il me tarde à découvrir. Plus
tard, au courant du mois de mars, également aux éditions Leméac, ce sera au
tour de Marc Séguin, dont j’avais bien aimé Nord
Alice, de faire paraître son nouveau roman, Jenny Sauro. À noter que ce 12 mars, Antonine Maillet se joindra à
Béatrice Picard pour une soirée hommage organisée par la Société littéraire de Laval. C’est un événement à ne pas manquer! Les billets sont déjà en vente,
alors faites vite!
Il y a quelque temps déjà, j’annonçais
ce projet : de lire au moins une œuvre tirée du répertoire de chacun des
membres du jury de l’Académie Goncourt qui ont contribué, il y a 40 ans, en
1979, soit un an avant ma naissance, à faire rayonner Antonine Maillet dans le
monde francophone en lui octroyant le prestigieux prix, pour son fabuleux Pélagie-la-Charrette. Sous la présidence
distinguée d’Hervé Bazin, rappelons la composition du prix Goncourt 1979.
Disons bonjour aux anciens : André Stil (1977-2004), Armand Salacrou
(1949-1983), Jean Cayrol (1973-1995), Robert Sabatier (1971-2012), Armand
Lanoux (1969-1983), François Nourissier (1977-2008), Michel Tournier
(1972-2011), Emmanuel Roblès (1973-1995) et la dernière, mais non la moindre,
la toute brillante Françoise Mallet-Joris (1970-2011). En vue de ces
commémorations importantes, j’ai décidé de mettre sur pause ma lecture des
œuvres de Françoise Sagan. J’espère arriver à compléter la lecture de cette
nouvelle série de 10 romans d’académiciens d’ici la fin de l’année, du moins
c’est mon objectif. Je crois pouvoir y arriver. Je laisse donc momentanément de
côté, Françoise Sagan, mais c’est simplement afin de mieux y revenir. Je ne
suis pas le genre de lectrice pouvant lire ininterrompue l’entièreté de l’œuvre
littéraire d’un écrivain ou d’une écrivaine, sans m’autoriser à lire autre
chose. Ce serait me livrer à un exercice inutilement usant. Sur le long terme
par contre, l’un de mes objectifs est de lire l’œuvre de Sagan dans son
intégralité.
Ce nouveau défi littéraire me plaît
beaucoup, car il me permet de découvrir de nouveaux auteurs et une autrice,
sans quoi, je ne les aurais fort à parier jamais lus. De ces membres du jury du
prix Goncourt de l’année 1979, je ne connais qu’Hervé Bazin. Je peine par
ailleurs à me souvenir si je n’ai jamais lu une œuvre d’Hervé Bazin. C’est tout
dire. Je suis donc en mode rattrapage express. Pour ce faire, dimanche dernier,
je suis sortie de la Grande Bibliothèque de Montréal avec un lourd sac de
livres contenant des romans d’Hervé Bazin, Françoise Mallet-Joris, François
Nourissier, Robert Sabatier et Michel Tournier. J’ai lu dimanche en soirée un
roman de Françoise Mallet-Joris, Le
rempart des béguines. Présentement, j’ai entre les mains Les allumettes suédoises de Robert
Sabatier. J’ai emprunté au hasard ce roman de Sabatier, et je dois dire que je
n’aurais pas pu faire un meilleur choix. En lisant les premières pages de Les allumettes suédoises, j’ai tout de
suite pensé au roman La vie devant soi
de Romain Gary. Les allumettes suédoises de
Robert Sabatier et La vie devant soi de
Romain Gary ont ceci en commun : il s’agit de l’histoire d’un petit garçon
orphelin. Or, le style de ces deux romans est fort différent l’un de l’autre. La vie devant soi de Romain Gary est
certainement la lecture qui m’a le plus marquée en 2019.
Il s’agit d’un roman pur, bouleversant.
Le texte est écrit à la première personne, du point de vue du narrateur qui est
un petit garçon orphelin, confié aux soins d’une grosse femme juive, elle-même
ex-prostituée qui qui s’occupe d’enfants de prostituée, dont le narrateur de La vie devant soi. Tout au long du
roman, l’auteur ne s’égare pas, jamais on ne ressent la présence de l’écrivain,
seule la voix omniprésente du jeune garçon se fait entendre, sincère et vraie,
d’une manière réellement poignante et saisissante. Que l’auteur de cette œuvre
si puissante ait pu se donner la mort, c’est pour moi incompréhensible,
tellement La vie devant soi est un
roman vibrant. Les allumettes suédoises
de Robert Sabatier est tout aussi intéressant, mais d’un autre genre. Un
narrateur adulte nous fait découvrir la vie d’Olivier qui vient de perdre sa
mère. Les allumettes suédoises est un
très beau roman où Montmartre est le
théâtre du quotidien d’Olivier. J’ai fait la connaissance de L’Araignée, un
homme infirme qui peine à se mouvoir, entre autres choses. L’écriture de ces
allumettes est serrée et déborde de détails. Olivier peut bien vagabonder à sa
guise dans les rues de Montmartre, mais l’auteur, lui, ne nous laisse jamais à
l’abandon. Il nous guide pas à pas dans ce monde dont on peut imaginer sans mal
être le sien, tellement le roman est riche et déborde de saveurs.
J’ai également beaucoup aimé lire Le rempart des béguines. Si j’ai
entrepris la lecture de l’ensemble des œuvres de Sagan, je crois qu’il en sera
de même avec Françoise Mallet-Joris, que je ne connaissais pas avant que ma
curiosité ne me penche sur la composition du jury du prix Goncourt 1979.
Publié en 1951, Le rempart des béguines fit
scandale à sa sortie. Ayant lu ce roman en 2019, je peux comprendre la nature
du scandale, dû au fait que Mallet-Joris explore l’univers de l’amour entre
deux femmes, l’une adolescente, et l’autre adulte. Or, Le rempart des béguines n’est pas explicitement érotique. Je dirais
que le thème du lesbianisme est exploré, certes, mais sans violence sexuelle.
Bien que j’ai tassé de côté Françoise Sagan, cette dernière n’est jamais bien
loin, parce que je veux qu’il en soit ainsi. Fait intéressant à constater, le
tout premier roman de Sagan, Bonjour
tristesse, parut 3 ans plus tard, en 1954. Le rempart des béguines, autant que Bonjour tristesse, ont tous deux semés la controverse lors de leur
parution. J’aime imaginer que Françoise Mallet-Joris ait facilité l’incursion
de Sagan dans le merveilleux monde littéraire, qu’elle lui ait contribué à son
intégration. En 1951, Mallet-Joris était âgée de 21 ans et en 1954, Sagan avait
tout juste 18 ans, à peine majeur. De plus, fait intéressant à noter, Françoise
Mallet-Joris et Françoise Sagan avaient toutes deux le même éditeur : René
Julliard. Il semble que le monsieur l’éditeur ait eu le coup de foudre pour de
beaux romans sulfureux écrits par de jeunes femmes… Le rempart des béguines, autant que Bonjour tristesse, sont des romans bien écrits, mais je dirais que
Bonjour tristesse est d’une écriture
pour ne pas dire plus fine ou naturelle, mais peut-être plus sauvage. Décrire
le style d’un écrivain est un exercice difficile, voire même périlleux. En
affirmant que Bonjour tristesse est
d’une écriture plus fine que Le rempart
des béguines, je porte quelque part préjudice à Françoise Mallet-Joris. Or,
à ma défense, il faut bien que j’écrive quelque chose. Malgré l’excuse de
l’écriture, on ne peut pas tout dire, tout écrire. Cela, Yvan Godbout, auteur
d’écrits dégoûtants, est présentement en train de l’expérimenter à ses dépens
et c’est tant mieux, surtout au sein d’une société où
les actes de pédophilies et agressions ne sont pas suffisamment sévèrement
punis par la loi. La littérature, même si elle se veut être scandaleuse, doit
toutefois demeurer dans le bon goût.
Le bon goût et la bienveillance, même
bourgeoise, je l’ai abondamment expérimenté avec ma lecture des romans de
Françoise Sagan. J’ai fait cette semaine, une belle découverte, sans lien aucun
toutefois avec Françoise Mallet-Joris. Il semblerait que les archives de la
Grande Bibliothèque de Montréal, pour l’établissement situé dans le
Vieux-Montréal, abritent un trésor : la version manuscrite du roman
d’Armand Lanoux, Quand la mer se retire,
roman pour lequel il obtint le prix Goncourt en 1963. Lanoux étant un écrivain
français, il est étrange que ce précieux manuscrit se trouve à Montréal. Je
n’ai pas réussi à retrouver aucune information quant aux Fonds Armand Lanoux
détenus par la BAnQ du Vieux-Montréal. Tout ce que j’ai réussi à apprendre,
c’est que les Fonds Armand Lanoux ont été acquis de Jean-Guy Pilon en décembre
1972, soit du vivant de l’auteur. Armand Lanoux est décédé en 1983. Jean-Guy
Pilon est un homme de lettres québécois qui m’est totalement inconnu.
Les jours passent, l’année 2019
tire à sa fin, mais quoi qu’il en soit, je trouve toujours du temps pour lire.
Et je trouve toujours du temps pour lire Françoise Sagan. Jusqu’à présent, j’ai
lu de Sagan : Un certain sourire;
Dans un mois, dans un an; Aimez-vous
Brahms?; Le garde du cœur, Avec mon meilleur souvenir, Les quatre coins du cœur, et tout
dernièrement, Des bleus à l’âme. Je
crois que c’est à peu près tout.
Tout d’abord, il faut savoir que Des bleus à l’âme, roman publié en 1972
aux éditions Flammarion, fait écho à Château
en Suède. Publiée et jouée en 1960, Château
en Suède est la toute première pièce de théâtre de Françoise Sagan. Château en Suède a également fait
l’objet d’adaptations cinématographiques. Pour ma part, j’ai tout
particulièrement aimé le téléfilm Château
en Suède (2008), réalisé par Josée Dayan. J’ai fait la découverte de ce
film il y a quelque temps déjà, sans même savoir qu’il s’agissait de
l’adaptation d’une pièce de Françoise Sagan. La distribution du téléfilm Château en Suède est vraiment superbe,
avec une certaine Jeanne Moreau dans le rôle de la matriarche, Agathe Falsen.
Guillaume Depardieu était réellement destiné à jouer le personnage de Sébastien
Van Milhem tellement il brille dans ce rôle qui lui va comme un gant. On
retrouve en l’actrice Géraldine Pailhas une Éléonore parfaite et bourgeoise à
souhait, mis à part un petit problème, si ce n’est que Sébastien et Éléonore
sont décrits par Sagan comme étant des personnages aux cheveux blonds. Or, la
belle Géraldine Pailhas, dans la vie comme dans le téléfilm, est brune. Il
s’agit là de son seul défaut.
Fait extraordinaire que je devais
absolument rapporter : le tournage du téléfilm Château en Suède s’est déroulé ici même à Montréal, à la maison
Mary Dorothy-Molson, aussi connue sous le nom de manoir MacDougall, au 9095,
boulevard Gouin Ouest. J’aimerais beaucoup m’y rendre, ne serait-ce que pour
prendre une photo de l’extérieur du bâtiment. La maison Mary Dorothy-Molson est
un sublime manoir qui appartient à la ville de Montréal. Malheureusement,
l’endroit ne semble pas être ouvert au grand public. La maison Mary
Dorothy-Molson est utilisée que pour des tournages. J’aurais bien aimé payer
une visite à la maison Mary Dorothy-Molson, mais seulement pour m’y rendre,
j’aurais un trajet de certainement 2 h à faire en transport en commun pour
l’aller, et un autre bon 2 h pour y revenir. Surtout avec le froid de
l’hiver du moment, l’idée ne m’enchante guère, malgré le fait que c’est en
hiver que Château en Suède y fut tourné.
Une visite lors des beaux mois d’été serait sans doute plus agréable, surtout
sachant que le manoir MacDougall fait partie intégrante du parc-nature du
Bois-de-Saraguay.
Le choix de la maison Mary
Dorothy-Molson était parfait comme lieu décor de film. Il s’agit d’une maison
de villégiature de style néo-géorgien située dans un quartier proprement
bourgeois. Située sur la rive de la rivière des Prairies, le territoire qui était
alors connu sous le nom de village de Saraguay était prisé au XIXe siècle par
l’élite économique de la société montréalaise, dont la grande majorité était
essentiellement anglophone. Les terres riveraines de la rivière des Prairies
offraient de grands espaces, et ce, à proximité du centre urbain de Montréal,
ce qui en faisait un site exceptionnel pour l’établissement de résidences
secondaires. De nos jours, onze demeures bourgeoises, dont la maison Mary
Dorothy Molson, témoignent de cet âge d’or. Construit vers 1930, le manoir
MacDougall est composé de 60 pièces, dont 14 chambres à coucher et 6 salles de
bain. Avant de devenir propriété de la ville de Montréal, le manoir a été
habité par des membres de la famille Molson-MacDougall de 1930 à 1974. Ce lieu
de tournage d’exception en sol montréalais donna l’opportunité à une belle
brochette d’acteurs québécois de prendre part à l’aventure du Château en Suède.
Normand D’Amour est
absolument parfait dans le rôle d’Hugo Falsen. Sébastien Huberdeau interprète
le rôle d’Olivier, et Antoine Bertrand, Gunther. Tous les acteurs québécois ont
bien réussi leur transition dans le cinéma français. On n’y voit que du feu.
Normand D’Amour, Sébastien Huberdeau et Antoine Bertrand ont réussi à relever
le défi : leur « français de France » est parfait, une mention spéciale
devant être faite à la belle performance de Normand D’Amour. Jouant un des
rôles principaux, D’Amour avait un bon nombre de répliques. Il a joué
brillamment. À un point tel qu’on pourrait s’y méprendre et le considérer comme
étant comme un acteur français. Ce mélange d’artistes français et québécois a
su apporter une distinction et des couleurs à cette pièce, qui est très
certainement devenue très vite un grand classique de Françoise Sagan. Car qui
ne raffole pas des Van Milhem ne peut aimer Sagan.
Dans les Des bleus à l’âme, Sagan s’amuse à faire de petites apparitions
surprises pour nous surprendre, nous, lecteurs. Ce charmant roman, Françoise
Sagan le dédit à Charlotte Aillaud, sœur de Juliette Gréco, que Sagan rencontra
peu de temps suivant ses débuts littéraires. Dès les premières pages Des bleus à l’âme, Sagan nous fixe dans
le temps, mars 71, et dans un espace, un Paris qui n’est plus que l’ombre
d’elle-même :
« J’aurai aimé écrire : “Sébastien montait les
marches quatre à quatre, en sifflant et en soufflant un peu.” Cela m’aurait
amusée de reprendre maintenant les personnages d’il y a dix ans :
Sébastien et sa sœur Éléonore, personnages de théâtre, bien sûr, mais d’un
théâtre gai, le mien, et de les monter fauchés, toujours gais, cyniques et
pudiques, essayant en vain de se “refaire” à la Maurice Sachs, dans un Paris
désolé de sa propre médiocrité. » (Françoise Sagan, Des bleus à l’âme, Éditions
Stock, 2009, p. 11).
J’ai aimé la lecture Des bleus à l’âme. Il est encore trop
tôt pour dire quelle œuvre de Françoise Sagan je préfère, mais jusqu’à présent,
ma préférence pointe en direction Des
bleus à l’âme. Lorsque je termine un roman de Sagan, je peine toujours à me
remémorer l’action de ses romans. C’est que tout son charme réside en la beauté
de son écriture. En ce sens, ses premiers romans, dont Un certain sourire; Dans un mois, dans un an; Aimez-vous Brahms? Sont sans doute ses plus beaux. J’ai également
beaucoup apprécié Le garde du cœur,
qui prend pour théâtre le milieu du cinéma américain. Ce qui est particulièrement
délicieux dans Des bleus à l’âme,
c’est les apparitions-surprises de l’écrivaine à ses lecteurs. Sagan s’y
représente comme tel, avec ses vices, y compris son amour pour les boîtes de
nuit, le whisky, et conduire sa Ferrari pieds nus en revenant d’un après-midi
passé à la mer…
Amélie Nothomb a beau être dans le
paysage littéraire depuis plusieurs années, mais je n’avais jamais lu, jusqu’à
tout récemment, aucun de ses romans. C’est un collègue de travail qui m’a
incité à la lire. Personnellement, je tends à fuir comme la peste les auteurs
contemporains qui connaissent un succès populaire. Ces auteurs (et autrices),
je les connais, bien sûr, mais je ne les lis pas. Quelques noms? Alexandre Jardin,
Éric-Emmanuel Schmitt, Frédéric Beigbeder, et surtout, Virginie Despentes… J’ai
une sainte horreur de ces femmes ex-prostituées qui s’improvisent écrivaines
d’un soir. Vais-je faire une exception pour Emma Becker qui a tout récemment
remporté le prix du roman des étudiants France Culture/Télérama pour son roman
autobiographique La maison? Je ne
ferme pas la porte à Emma Becker, mais c’est uniquement parce que j’ai écouté
son entretien à Tout le monde en parle
(version québécoise de l’émission animée par Guy A. Lepage).
Il m’a semblé,
malgré son expérience de « putain », elle-même employait ce mot disgracieux
dans son discours, qu’une certaine douceur émanait de la personne d’Emma
Becker. Malgré mes préjugés évidents que j’assume totalement, je ne ferme
jamais la porte à un écrivain. Après tout, il serait dommage de se priver d’une
belle découverte, peu importe la raison. En littérature, comme dans tout autre
art, il faut toujours garder l’esprit ouvert. Par exemple, j’ai oui, une sainte
horreur de ces ex-prostituées qui deviennent comme par magie autrice. Or,
j’adore Nelly Arcan. J’ai eu un coup de cœur pour son roman Folle. Quelle grande écrivaine! Vous pouvez donc le constater, je ne
suis pas une personne fermée d’esprit, mais j’aime les femmes fortes et sans
chichi, qui écrivent sur de sujets autres que la prostitution. N’importe quel
sujet, mais pas d’histoires de fesses s’il-vous-plaît. Je trouve que la société
d’aujourd’hui est déjà suffisamment envahie par l’hyper sexualisation, je n’ai
pas envie d’en rajouter davantage en consommant de mon plein gré de la
pornographie littéraire, mais retournons à nos moutons…
J’ai tout d’abord débuté mon
introduction à l’univers d’Amélie Nothomb avec la lecture de son roman Stupeur et Tremblements, publié chez Albin
Michel en 1999. La même année, ce roman remportait le Grand prix du roman de
l’Académie française. Pour moi, ce choix était évident, c’était à peu près le
seul roman que je connaissais d’Amélie Nothomb. J’avais vu déjà l’adaptation
cinématographique de Stupeur et
Tremblements grâce à laquelle j’avais fait la découverte de la grande
Sylvie Testud. Cette dernière a d’ailleurs interprété Françoise Sagan dans un
film portant sur la vie de l’écrivaine. J’aimerais d’ailleurs voir ce film, Sagan. Quant au film Stupeur et Tremblements, celui-ci à l’époque m’avait beaucoup plu.
Je savais donc ce qui m’attendait avec la lecture de ce roman. Comme première
lecture d’Amélie Nothomb, je n’ai pas été déçu par mon choix. Imaginez-vous
donc que j’ai lu Stupeur et Tremblements
d’une traite, en l’espace d’une seule soirée seulement. J’ai l’habitude de
lire. Je lis habituellement à assez bon rythme, mais lorsqu’une œuvre me plaît,
comme ce fut le cas avec Stupeur et
Tremblements, mon travail de lectrice n’en est que simplifié. J’arrive
alors à lire très rapidement. J’ai dévoré ce roman page après page. Fidèle à
mon habitude, je ne vous ferai pas un compte rendu très détaillé du roman Stupeur et Tremblements car, comme pour
les œuvres à caractère sexuel, j’ai aussi une sainte horreur des comptes rendus
d’œuvres littéraires.
À la lecture de Stupeur et Tremblements, j’ai été choqué, d’une part, parce que le
talent évident d’Amélie Nothomb pour les affaires n’a pas du tout été exploité
par l’entreprise japonaise qui l’employait. Pourquoi faire l’embauche de
personnel si ce n’est que dans l’objectif ultime de malmener les gens, sans les
amener à exploiter leur plein potentiel pour l’entreprise qui leur paie un
salaire? Le fait que Nothomb puisse être en mesure d’écrire le japonais, de
communiquer dans cette langue, m’a aussi beaucoup impressionné. Nothomb en
témoigne dans son roman : elle avait une vie en dehors de ce travail, elle
avait des amis qui tenaient à elle et sur qui elle pouvait compter. C’est
sûrement cela d’ailleurs qui la sauver de la noyade. Suivant son départ de
l’entreprise japonaise qui lui a fait vivre un calvaire, Amélie Nothomb a mis
en chantier l’écriture de son roman, Hygiène
de l’assassin. Faisant suite à ma lecture de Stupeur et Tremblements, je tenais à
poursuivre, en lisant le tout premier roman d’Amélie Nothomb. Et quel roman! Hygiène de l’assassin est d’une lecture
captivante. J’ai maintenant envie de vous dire qu’avec un roman d’Amélie
Nothomb entre les mains, il vous sera impossible de vous ennuyer. J’ai
maintenant à mon actif la lecture de deux romans d’Amélie Nothomb, soit Stupeur et Tremblements et Hygiène de l’assassin, mais fort
heureusement, l’œuvre de la romancière est riche, et j’aurai le plaisir, dans
les moins à venir, à lire l’ensemble des romans qui composent sa bibliographie.
Malgré son succès, je suis très heureuse aujourd’hui de ne pas avoir
complètement tourné le dos à Nothomb.
Hygiène
de l’assassin est d’une lecture délectable, si on
peut dire d’une lecture qu’elle peut être de ce niveau de bonheur. Il s’agit
essentiellement de dialogues entre différents journalistes, et un auteur âgé,
Prétextat Tach, qui est atteint d’un mystérieux cancer incurable. L’homme se
sait condamné. Avant de s’éteindre dans sa gloire littéraire, l’écrivain
accorde quelques entrevues. Le style d’Amélie Nothomb est franc et agile, le
style du dialogue se mariant très bien à tout ce qui s’y passe dans ce roman.
Nothomb nous tient en haleine jusqu’à la toute fin, jusqu’à la mort du
protagoniste. Dans le présent contexte de blogue
littéraire, Hygiène de l’assassin contient
plusieurs trésors thématiques, dont celui des lecteurs, et de la lecture. Voyez-vous, le rôle du lecteur est essentiel, car un bon lecteur peut même être en mesure de résoudre une histoire sordide de meurtre d’une jeune adolescente...
Curieusement, les journalistes qui viennent tour à tour interroger Prétextat
Tach semblent être peu familiers avec son œuvre. Certains l’ont peu ou même pas
lu du tout. Or, la dernière journaliste, que j’imagine aisément sous les traits
d’Amélie Nothomb, invitée à l’interviewer fait figure d’exception. Cette
journaliste, la seule femme ayant pu bénéficier du privilège d’interviewer le
récipiendaire du prix Nobel de la littérature, a tout lu de lui, y compris son
roman inachevé, qui porte le même titre que celui de Nothomb, Hygiène de l’assassin. N’est-ce pas
délicieux? La journaliste, sentant le bon filon, mène son enquête, et de fil en
aiguille, découvre le secret de Prétextat Tach. Il faut définitivement lire Hygiène de l’assassin,il s’agit d’un très bon divertissement,
vous passerez un très bon moment en compagnie d’Amélie Nothomb qui n’était, si
je ne me trompe pas, âgée que de 25 ans lors de la parution de ce premier
roman.
J’ai complété plus tôt la lecture des
mémoires de Nathalie Petrowski, La
critique n’a jamais tué personne, publiées cette année aux Éditions La
Presse.
J’ai par la suite immédiatement enchaîné avec un roman vraiment génial
de Françoise Sagan : Des bleus à l’âme. C’est un véritable délice pour moi
que de retrouver les héros de son Château
de Suède. J’avance très bien dans mes lectures, mais pas nécessairement
dans l’ordre qui était prévu au départ. Par les temps qui courent, j’aime
tellement lire, c’est la raison pour laquelle j’écris si peu. Lire ou écrire,
il faut choisir. Il est toujours possible de concilier les deux, mais
l’exercice d’écriture demeure tout de même un peu plus exigeant. Revenons à Nathalie Petrowski. Dans le
milieu journaliste, Nathalie Petrowski, est une référence. J’ai toujours aimé
la lire dans le journal La Presse.
J’ai surtout développé mon intérêt envers elle lorsque j’appris, il y a déjà
quelques années de cela, qu’elle était née à Nancy, en France. Je suis diplômée
de l’Université de Nancy 2, où j’ai obtenu, il y a
déjà malheureusement plusieurs années de cela maintenant, un DEA (qui tient
pour « diplôme d’études approfondies ») en linguistique. En raison de la
réforme universitaire européenne qui a emboîté le pas à la nouvelle monnaie,
l’Euro, qui eut pour effet de me chasser de la France, ce diplôme aujourd’hui
porte un autre nom. Je ne regrette pas mon départ de la France. La France que
j’ai connue avant la venue de l’Euro était beaucoup plus sereine, plus calme et
plus accessible, tant financièrement que sur le plan humain. L’après 11
septembre 2001 eu également des conséquences dévastatrices sur l’Europe. Si je
serais étudiante aujourd’hui, probablement que je ne me risquerais pas à vivre
une expérience à l’étranger. Il est plutôt rare d’entendre parler de la belle
ville de Nancy. Étrangement, le fait de savoir que la grande Nathalie Petrowski
y est née m’a toujours apporté le sentiment d’une certaine fierté. Je ne
saurais trop expliquer la raison à cela, sinon qu’une toute petite partie de
moi est toujours française et se sent liée à la France. Voici Nathalie
Petrowski qui prend la pose pour moi au kiosque de La Presse, au Salon du livre
de Montréal.
Et voici sa dédicace :
En me présentant à son kiosque,
Nathalie Petrowski m’a demandé si j’étais journaliste, ce qui me fit grand
plaisir. D’une certaine façon, de par ce blogue, on peut considérer que je suis
en quelque sorte une pseudo journaliste-blogueuse qui travaille à la pige et
pour son propre compte (ce qui, malheureusement, ne rapporte pas grand-chose,
sinon que la satisfaction d’être lue à l’international par des internautes
venant d’un peu partout à travers le monde). Dans ses mémoires, je n’ai retrouvé que
deux allusions vite faites à Nancy, dont l’une sous une photo ou on voit
Petrowski petite-fille, à l’âge de deux ans, chez sa grand-mère à Nancy (La critique n’a jamais tué personne, p. 15),
et une allusion, témoignant des difficultés expérimentées par son père :
« Mon père, le fils de deux immigrants
ukrainiens, m’a d’ailleurs rappelé qu’en grandissant à Nancy, en France, il se
faisait régulièrement traiter de Petzouille ou de Petrowscouille par les petits
Français qui se moquaient de lui. » (La
critique n’a jamais tué personne, p. 121). J’ai toujours adoré son patronyme. Ce
nom, c’est aussi sa marque de commerce.
On comprend que la ville de Nancy n’a
peut-être pas laissé que de bons souvenirs à la famille Petrowski. En France,
l’intégration des immigrants peut être difficile. Plus les différences sont
marquées, plus l’intégration y est difficile. Pour ma part, j’arrivais sans
trop de mal à me fondre dans la masse, sauf quand j’ouvrais la bouche. Seul mon
accent brayon du nord-ouest du Nouveau-Brunswick venait trahir mes origines. Et
j’étais à Nancy dans l’unique objectif d’y obtenir un diplôme, et non pour y
faire ma vie. Je ne regrette pas ces années passées à Poitiers, et ensuite, à
Nancy, car j’ai tout de même réussi à y décrocher mes trois diplômes
universitaires. En plus d’Antonine Maillet, la 42e
édition du Salon du livre de Montréal m’a donc, entre autres, donné l’occasion
de rencontrer une de mes idoles journalistiques. Il y a eu un échange très
intéressant qui s’est tenu à la scène de l’Agora entre Nathalie Petrowski et sa
collègue Michèle Ouimet, également journaliste à La Presse.
Tout comme
Petrowski, Michèle Ouimet a elle aussi publié ses mémoires, Partir pour raconter, chez Boréal. Lors
de cet échange, une dame a demandé à Nathalie Petrowski qu’elle serait le
meilleur conseil qu’elle aurait à donner à sa fille journaliste. Ce à quoi
l’ex-journaliste de La Presse a
répondu : de toujours vérifier ses sources, de ne pas faire confiance aux
attachés de presse et de toujours tout remettre en question. En ayant
maintenant lu La critique n’a jamais tué
personne, je comprends mieux maintenant toute la portée de ces conseils. Au
courant de la carrière, Nathalie Petrowski a vécu de bons et de moins bons
moments, mais la somme de toutes ces expériences a façonné la journaliste
qu’elle est devenue aujourd’hui. Lire les mémoires de Nathalie
Petrowski, c’est se plonger dans une époque inconnue de plusieurs : celle
des salles de rédaction des années fins 70, début 80, où
œuvrait comme des déchaînés les journalistes, et des salles de rédaction
embaumée par une riche fumée de cigarette avec comme bruit de fond un crescendo
de doigts courant agilement sur le clavier de grosses machines dactylos… Toutes
ces activités, comment les choses journalistiques se passaient à ses débuts,
Petrowski le décrit très bien. Imaginez devoir recommencer à taper à la machine
toute une page en raison d’une toute petite faute de frappe… Car c’était ainsi
à l’époque. Si une faute était faite, on devait tout recommencer… Ce travail infernal,
Petrowski le décrit très très bien. Je l’imagine sans peine, recommençant 20
fois son travail, déchirant avec énergie les pages maudites ratées… Un vrai
travail de moine. Sachant cela, on aurait pu croire que l’arrivée des
ordinateurs en salle de rédaction aurait eu de quoi ravir ses collègues
journalistiques. Or, ce ne fut pas le cas. On redoutait l’arrivée de
l’informatique. Toutefois, une fois adoptée, le changement fut évidemment
bénéfique pour tout le monde. En raison de mon âge, bien que j’aurai
bientôt 40 ans, je n’ai pas connu une bonne partie de ce qu’elle décrit dans
ses mémoires et cet aspect des choses est particulièrement intéressant.
Personnellement, je suis l’actualité rigoureusement depuis environ les 15
dernières années, depuis la fin de mes études. C’est donc grosso modo 25 ans de
la vie journalistique de Nathalie Petrowski qui m’a échappé et dont je ne suis
pas familière. La lecture de ses mémoires m’a permis de prendre conscience de
tout le chemin qu’elle a parcouru, avant même que je ne la lise régulièrement
dans La Presse. Nathalie Petrowski témoigne avec fougue
de ce qui fut son quotidien pendant près de 40 ans de travail journalistique.
Son travail a occupé une grande place dans sa vie. Dans les années 90, il
n’était pas facile d’être une femme journaliste. Il est difficile pour les
femmes de ma génération d’imaginer un monde dans lequel une femme pouvait
perdre son emploi simplement parce qu’elle était enceinte. Petrowski et ses
collègues féminins ont mené de durs combats que nous, femmes d’aujourd’hui,
n’aurons, souhaitons-le, jamais à mener. On se doit de lire La critique n’a jamais tué personne,
ne serait-ce que pour ce témoignage féministe, afin de ne pas
oublier qu’à une époque pas si lointaine, les femmes ne bénéficiaient pas des
mêmes droits que les hommes.
J'ai assisté au Salon du livre de Montréal qui s'est déroulé
du 20 au 25 novembre à la très spacieuse Place Bonaventure. En raison de la
présence d’Antonine Maillet qui était invitée d’honneur, j'ai fréquenté le
Salon presque tous les jours, à l'exception du lundi 25 novembre. J’avais
préalablement acheté mon passeport pour la durée des 6 jours de l’événement et
celui-ci m’a coûté 10 $, ce qui est très abordable. Je peux déjà vous dire que
l’édition 2019 du Salon du livre de Montréal a été, selon moi, un franc succès.
Si vous souhaitez en apprendre davantage, je vous invite à lire le présent
billet.
Ce qui m’a le plus surpris au Salon du livre de Montréal,
c’est la large place accordée à la littérature jeunesse. J’étais fascinée de
voir un nombre impressionnant de jeunes enfants et d’adolescents faire
patiemment la file afin d’obtenir une dédicace de leurs auteurs et autrices préférées. J’aurais
aimé avoir le même privilège lorsque j’avais cet âge. De mon coin de pays au
nord-ouest du Nouveau-Brunswick, j’avais par contre accès à une belle
bibliothèque en ce qui a attrait à la littérature jeunesse. Je me souviens très
bien avoir lu bon nombre de romans publiés par La Courte Échelle. Fondée en
1978, cette maison d’édition québécoise existe toujours aujourd’hui. Parmi les
autrices de littérature jeunesse, j’ai pu y apercevoir India Desjardins,
autrice célèbre pour ses tomes de Le
journal d'AurélieLaflamme, de
même qu’Anne Robillard, que j’admire beaucoup aussi, mais c’est à peu près tout
ce que je connais de la littérature jeunesse québécoise. Le Salon du Livre de
Montréal était abondamment fréquenté par les jeunes, de même que le grand
public, le samedi et le dimanche. ll y avait foule le week-end, mais le
Salon demeurait tout de même fréquentable; la Place Bonaventure, immense, se
prêtant très bien à ce genre d’événements. Configurée avec de larges corridors
à ses extrémités, on arrivait tout de même à se déplacer aisément de kiosque en
kiosque. Ce fut un exercice fascinant que de prendre le pouls du milieu éditorial
québécois. L’offre est très riche et diversifiée. Il en avait pour tous les
goûts. Ce qui m’a le plus plu au Salon du livre de Montréal, c’est les séances
d’animation qui avaient lieu dans différents espaces réservés à cet effet.
Ayant dédié ma thèse de maîtrise à La
Veuve Enragée et Les Codes-de-Bois
d’Antonine Maillet, vous comprendrez que cette grande écrivaine a monopolisé
toute mon attention lors la tenue du Salon du livre de Montréal. Là où
était Mme Maillet, j’y étais moi aussi. Pendant ces cinq jours, dont quatre
durant lesquelles la récipiendaire du Prix Goncourt 1979 était présente au
Salon pour prendre part à des animations et séances dédicaces, j’ai été témoin
de moments privilégiés dont je me garde le devoir de partager avec vous. J’ai donc fait ma thèse de maîtrise de
lettres modernes à l’Université de Poitiers sur La Veuve Enragée et Les
Codes-de-Bois. Je n’ai jamais pu trouver un seul exemplaire de La Veuve Enragée et j’ai posé la
question à l’éditeur d’Antonine Maillet, à savoir si cette œuvre était toujours
disponible. À ma grande surprise, Pierre Filion me sortit un exemplaire de La Veuve Enragée des rayons (et il y en
avait même plusieurs!!!). Mais ce qui me surprit davantage, c’est qu’il
connaisse La Veuve Enragée. On peut
donc dire de Pierre Filion qu’il connaît bien l’œuvre de sa protégée.
Ma découverte du Salon du livre de
Montréal commença avec la soirée d’inauguration, animée par son directeur
général, Olivier Gougeon, qui avait lieu le 20 novembre en soirée. Les invités
d’honneur, dont Antonine Maillet, prenaient la parole afin de lire un extrait
d’une œuvre qui leur tenait à cœur. Antonine Maillet fit la lecture d’un
passage de son plus récent ouvrage, Clin
d’œil au temps qui passe, publié chez Leméac plus tôt cette année. Je dis
bien « ouvrage » et non récit autobiographique, car l’écrivaine ne
semble pas être une admiratrice des autobiographies ou plutôt, elle ne croit
pas au genre. Son Clin d’œil au temps qui
passe fut par ailleurs finaliste au Prix littéraire du Gouverneur général
dans la catégorie essai. Ayant dû composer avec deux ans de
silence venant de la part de ses colorés personnages suite à un déménagement,
la puissance créatrice de l’écrivaine en a été chamboulée. Ces deux années
l’ont amené à explorer d’autres genres littéraires dont l’essai, avec Clin d’œil au temps qui passe et le
conte, avec une œuvre dont la parution est prévue pour l’an prochain. Nous
avons par ailleurs eu la chance d’entendre Mme Maillet nous lire quelques
feuillets de ce conte inédit. Et comble de bonheur, ce vidéo se trouve sur ma
chaîne YouTube! La qualité de mes vidéos n’est pas optimale, j’ai avec les
moyens du bord. Or, vous serez en mesure d’entendre clairement la voix
d’Antonine Maillet. Et pour revenir à son Clin
d’œil au temps qui passe, grâce à cet ouvrage, nous arrivons à mieux
comprendre les raisons pour lesquelles Mme Maillet a élu domicile à Montréal. À
Outremont, où elle a élu domicile
pendant bon nombre d’années, une rue porte même son nom. Lorsque la soirée
d’inauguration fut terminée, le rappeur Webster a élégamment donné sa main à
Antonine Maillet afin de lui permettre de descendre l’estrade en toute
sécurité.
On tend à l’oublier facilement parce
qu’elle marche d’un pas alerte, sans canne, et que son discours, toujours aussi
savoureux, n’a en rien perdu de sa vitalité, mais Mme Maillet a maintenant un
âge respectable. Il était grand temps que le Salon du livre de Montréal honore
cette Acadienne adorée de tous. Même 40 ans plus tard, l’exploit demeure
toujours inégalé, Antonine Maillet est la seule récipiendaire non européenne à
qui le Prix Goncourt a été décerné. Mme Maillet obtenait cette distinction en
1979 donc, au 2e tour du scrutin par 6 voix, sous la présidence de
l’excellent Hervé Bazin. À l’époque, le jury du Prix Goncourt 1979 était
composé d’André Stil (1977-2004), Armand Salacrou (1949-1983), Jean Cayrol
(1973-1995), Robert Sabatier (1971-2012), Armand Lanoux (1969-1983), François
Nourissier (1977-2008), Michel Tournier (1972-2011), Emmanuel Roblès
(1973-1995) et Françoise Mallet-Joris (1970-2011). Je dois avouer que mis à
part Hervé Bazin, je ne connais aucun des auteurs et autrices. Aussi, je
m’engage, dans effort extraordinaire de commémoration, à lire au moins un
ouvrage de chacun des membres du jury du Prix Goncourt 1979.
Vous pouvez l’imaginer, au Salon
du livre de Montréal, mon quartier général était le kiosque de Leméac, qui est
la maison d’édition qui publie la grande majorité des œuvres d’Antonine
Maillet. Le kiosque Leméac donnait sur l’Agora, ce qui permettait aisément
d’assister à des animations lorsque mes livres avaient été dédicacés par
Antonine Maillet. J’étais présente à chacune de ses séances de dédicace.
Rassurez-vous, je ne lui ai fait dédicacer que deux livres à chaque fois. Plus
de deux livres, cela aurait été trop, surtout sachant que, lorsqu’Antonine
Maillet dédicace, elle ne fait pas les choses à moitié, elle dédicace. Mme
Maillet prend le temps d’écrire un petit mot personnalisé dans chaque livre
qu’elle signe pour ses lecteurs. J’ai par ailleurs une anecdote assez amusante
à raconter à ce sujet : lors de sa dernière séance de dédicaces, Mme
Maillet m’a confié : il me semble que j’ai signé beaucoup de livres pour
des Julie… Je lui ai alors confié que c’était peut-être toujours moi parce que
j’étais présente à chacune de ses séances de dédicaces… N’est-ce pas une petite
anecdote toute savoureuse et tellement touchante, Mme Maillet se souvenant
avoir dédicacé bon nombre de ses œuvres à une certaine Julie. Je me souviens
qu’à la suite d’une séance de dédicaces, Mme Maillet semblait commencer à
ressentir de la fatigue. Ce qui est normal, pas seulement en raison de son âge,
mais aussi sachant qu’il y avait toujours au moins une animation devant public
chaque jour où elle était présente
au Salon du livre de Montréal. Je dois dire que j’ai très
attentivement observé Antonine Maillet, de même que les membres de l’équipe
chez Leméac, tout au long de ces jours pendant lesquels Mme Maillet était
présente au Salon du livre de Montréal. Je peux vous affirmer qu’Antonine
Maillet est très bien traitée par son éditeur. En tant qu’invitée d’honneur au
Salon du livre de Montréal, Antonine Maillet a participé à cinq séances
d’animation, et autant de séances de dédicaces. L’écrivaine a encore une bonne
énergie, mais l’équipe de Leméac à veiller à préserver ses énergies en
respectant à la lettre l’horaire établi, et en mettant fin à une séance de
dédicaces lorsque cela était nécessaire. De plus, Mme Maillet était toujours
accompagnée lors de ces activités et de ses déplacements par au moins un membre
de l’équipe de Leméac. De plus, son éditeur chez Leméac, Pierre Filion, faisait
toujours acte de présence lorsqu’Antonine Maillet prenait part aux activités du
Salon du livre de Montréal. Pierre Filion ne se trouvait jamais bien loin
d’Antonine Maillet. Si Antonine Maillet était présente quelque part, Pierre
Filion y était aussi.
Les admirateurs d’Antonine Maillet ont
été gâtés au Salon du livre de Montréal. Pendant 25 minutes, debout sur la
scène de L’Agora, Antonine Maillet nous a fait le bonheur de la lecture d’un
extrait d’un conte totalement inédit, Le Fabliau des
temps nouveaux, qui sera publié chez Leméac l’an prochain.
Ce que j’aime
particulièrement chez Antonine Maillet, outre la personne, c’est la qualité de
son écriture. N’êtes-vous pas d’avis que ce mot « fabliau » soit
extraordinairement lumineux? Avec Antonine Maillet, on peut facilement perdre
la tête. Le glamour du Prix Goncourt rencontre l’authenticité et la bonté même,
ce qui fait qu’on ne peut qu’être en mode absolument admiratif devant l’œuvre
d’Antonine Maillet. J’aimerais qu’on reconnaisse davantage encore Antonine
Maillet comme étant la grande écrivaine qu’elle est réellement et que l’on ne
s’en tienne pas qu’à cette image populiste d’une personne âgée ayant plein de
charme, même si elle en a beaucoup.
Sur ces bonnes paroles, je vous laisse
sur quelques vidéos prises au Salon du livre de Montréal, mettant en vedette
Antonine Maillet. Prière de ne pas m’en vouloir sur la qualité de ces vidéos,
mais au moins, j’ai fait mon devoir de mémoire. J’ai par ailleurs quelques
autres anecdotes à vous raconter quant à mon expérience au Salon du livre du
Montréal et Antonine Maillet.
*Je remercie l’équipe des services aux
usagers de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec pour avoir retracé
pour moi les membres du jury du Prix Goncourt 1979.