Aucun message portant le libellé Françoise Sagan. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Françoise Sagan. Afficher tous les messages

16 décembre 2019

L’art de la mise en scène dans le roman Des bleus à l’âme de Françoise Sagan


Les jours passent, l’année 2019 tire à sa fin, mais quoi qu’il en soit, je trouve toujours du temps pour lire. Et je trouve toujours du temps pour lire Françoise Sagan. Jusqu’à présent, j’ai lu de Sagan : Un certain sourire; Dans un mois, dans un an; Aimez-vous Brahms?; Le garde du cœur, Avec mon meilleur souvenir, Les quatre coins du cœur, et tout dernièrement, Des bleus à l’âme. Je crois que c’est à peu près tout.

Tout d’abord, il faut savoir que Des bleus à l’âme, roman publié en 1972 aux éditions Flammarion, fait écho à Château en Suède. Publiée et jouée en 1960, Château en Suède est la toute première pièce de théâtre de Françoise Sagan. Château en Suède a également fait l’objet d’adaptations cinématographiques. Pour ma part, j’ai tout particulièrement aimé le téléfilm Château en Suède (2008), réalisé par Josée Dayan. J’ai fait la découverte de ce film il y a quelque temps déjà, sans même savoir qu’il s’agissait de l’adaptation d’une pièce de Françoise Sagan. La distribution du téléfilm Château en Suède est vraiment superbe, avec une certaine Jeanne Moreau dans le rôle de la matriarche, Agathe Falsen. Guillaume Depardieu était réellement destiné à jouer le personnage de Sébastien Van Milhem tellement il brille dans ce rôle qui lui va comme un gant. On retrouve en l’actrice Géraldine Pailhas une Éléonore parfaite et bourgeoise à souhait, mis à part un petit problème, si ce n’est que Sébastien et Éléonore sont décrits par Sagan comme étant des personnages aux cheveux blonds. Or, la belle Géraldine Pailhas, dans la vie comme dans le téléfilm, est brune. Il s’agit là de son seul défaut.

Fait extraordinaire que je devais absolument rapporter : le tournage du téléfilm Château en Suède s’est déroulé ici même à Montréal, à la maison Mary Dorothy-Molson, aussi connue sous le nom de manoir MacDougall, au 9095, boulevard Gouin Ouest. J’aimerais beaucoup m’y rendre, ne serait-ce que pour prendre une photo de l’extérieur du bâtiment. La maison Mary Dorothy-Molson est un sublime manoir qui appartient à la ville de Montréal. Malheureusement, l’endroit ne semble pas être ouvert au grand public. La maison Mary Dorothy-Molson est utilisée que pour des tournages. J’aurais bien aimé payer une visite à la maison Mary Dorothy-Molson, mais seulement pour m’y rendre, j’aurais un trajet de certainement 2 h à faire en transport en commun pour l’aller, et un autre bon 2 h pour y revenir. Surtout avec le froid de l’hiver du moment, l’idée ne m’enchante guère, malgré le fait que c’est en hiver que Château en Suède y fut tourné. Une visite lors des beaux mois d’été serait sans doute plus agréable, surtout sachant que le manoir MacDougall fait partie intégrante du parc-nature du Bois-de-Saraguay.

Le choix de la maison Mary Dorothy-Molson était parfait comme lieu décor de film. Il s’agit d’une maison de villégiature de style néo-géorgien située dans un quartier proprement bourgeois. Située sur la rive de la rivière des Prairies, le territoire qui était alors connu sous le nom de village de Saraguay était prisé au XIXe siècle par l’élite économique de la société montréalaise, dont la grande majorité était essentiellement anglophone. Les terres riveraines de la rivière des Prairies offraient de grands espaces, et ce, à proximité du centre urbain de Montréal, ce qui en faisait un site exceptionnel pour l’établissement de résidences secondaires. De nos jours, onze demeures bourgeoises, dont la maison Mary Dorothy Molson, témoignent de cet âge d’or. Construit vers 1930, le manoir MacDougall est composé de 60 pièces, dont 14 chambres à coucher et 6 salles de bain. Avant de devenir propriété de la ville de Montréal, le manoir a été habité par des membres de la famille Molson-MacDougall de 1930 à 1974. Ce lieu de tournage d’exception en sol montréalais donna l’opportunité à une belle brochette d’acteurs québécois de prendre part à l’aventure du Château en Suède. 

Normand D’Amour est absolument parfait dans le rôle d’Hugo Falsen. Sébastien Huberdeau interprète le rôle d’Olivier, et Antoine Bertrand, Gunther. Tous les acteurs québécois ont bien réussi leur transition dans le cinéma français. On n’y voit que du feu. Normand D’Amour, Sébastien Huberdeau et Antoine Bertrand ont réussi à relever le défi : leur « français de France » est parfait, une mention spéciale devant être faite à la belle performance de Normand D’Amour. Jouant un des rôles principaux, D’Amour avait un bon nombre de répliques. Il a joué brillamment. À un point tel qu’on pourrait s’y méprendre et le considérer comme étant comme un acteur français. Ce mélange d’artistes français et québécois a su apporter une distinction et des couleurs à cette pièce, qui est très certainement devenue très vite un grand classique de Françoise Sagan. Car qui ne raffole pas des Van Milhem ne peut aimer Sagan.

Dans les Des bleus à l’âme, Sagan s’amuse à faire de petites apparitions surprises pour nous surprendre, nous, lecteurs. Ce charmant roman, Françoise Sagan le dédit à Charlotte Aillaud, sœur de Juliette Gréco, que Sagan rencontra peu de temps suivant ses débuts littéraires. Dès les premières pages Des bleus à l’âme, Sagan nous fixe dans le temps, mars 71, et dans un espace, un Paris qui n’est plus que l’ombre d’elle-même : 

« J’aurai aimé écrire : “Sébastien montait les marches quatre à quatre, en sifflant et en soufflant un peu.” Cela m’aurait amusée de reprendre maintenant les personnages d’il y a dix ans : Sébastien et sa sœur Éléonore, personnages de théâtre, bien sûr, mais d’un théâtre gai, le mien, et de les monter fauchés, toujours gais, cyniques et pudiques, essayant en vain de se “refaire” à la Maurice Sachs, dans un Paris désolé de sa propre médiocrité. » (Françoise Sagan, Des bleus à l’âme, Éditions Stock, 2009, p. 11).

J’ai aimé la lecture Des bleus à l’âme. Il est encore trop tôt pour dire quelle œuvre de Françoise Sagan je préfère, mais jusqu’à présent, ma préférence pointe en direction Des bleus à l’âme. Lorsque je termine un roman de Sagan, je peine toujours à me remémorer l’action de ses romans. C’est que tout son charme réside en la beauté de son écriture. En ce sens, ses premiers romans, dont Un certain sourire; Dans un mois, dans un an; Aimez-vous Brahms? Sont sans doute ses plus beaux. J’ai également beaucoup apprécié Le garde du cœur, qui prend pour théâtre le milieu du cinéma américain. Ce qui est particulièrement délicieux dans Des bleus à l’âme, c’est les apparitions-surprises de l’écrivaine à ses lecteurs. Sagan s’y représente comme tel, avec ses vices, y compris son amour pour les boîtes de nuit, le whisky, et conduire sa Ferrari pieds nus en revenant d’un après-midi passé à la mer…

18 novembre 2019

Sur le bonheur très avoué de lire Françoise Sagan

Je poursuis sur ma belle lancée. J’ai récemment complété la lecture de quelques ouvrages : Sagan et fils (Stock, 2012) de Denis Westhoff que j’ai dévoré en l’espace d’une soirée, Les merveilleux nuages (René Julliard, 1961) de sa maman, et Hollywood (Leméac, 2012) de Marc Séguin. J’ai pratiquement terminé Avec mon meilleur souvenir (Gallimard, 1984) de Sagan, qui, jusqu’ici, j’ai absolument adoré tellement ce témoignage autobiographique déborde d’anecdotes croustillantes et amusantes, et j’ai lu les 65 premières pages de Le garde du cœur (René Julliard, 1968). À Montréal, l’automne a laissé place abruptement à l’hiver, sans plus d’avertissement. J’aime le temps froid et sec. Je trouve délicieux de me retrouver chez-moi, avec un bon livre à la main, alors que dehors, les premiers flocons s’agitent, le froid, si glacial, devient percutant et nous confine à l’intérieure.

L’ordre de mes lectures est assez disparate, mais j’avais à cœur de continuer la lecture des œuvres de Françoise Sagan car elle a une très belle écriture. Jusqu’à présent, dans ma vie secrète de lectrice, j’avais très peu lu Sagan. Je crois n’avoir lu que son fameux Bonjour tristesse, et c’est tout, ce qui est très malheureux. Françoise Sagan a laissé derrière elle une très belle œuvre littéraire. J’adore tout simplement ses romans. Depuis les derniers mois, c’est certainement la lecture des œuvres de Sagan qui m’a de loin donné le plus de satisfaction. Chez-moi, la lecture des romans de Françoise Sagan est très satisfaisante, cela me fait un bien fou de la lire et de la découvrir. Mon intrusion dans son univers littéraire m’offre les possibilités d’une belle évasion dont j’avais réellement besoin.

Les romans de Françoise Sagan se lisent comme du bonbon. Ils font habituellement dans les 200 pages ou moins, ce qui est parfait pour moi. Je n’aime pas les œuvres trop volumineuses. J’aime entrevoir une fin au torrent au bout de quelques heures de lecture. J’ai aussi adoré les souvenirs rapportés par Denis Westhoff de sa mère, dans Sagan et fils (Stock, 2012). Westhoff ne se dit pas écrivain, mais j’ai la même facilité à le lire. Bien que j’imagine que son texte ait été remanié par ses éditeurs, pour moi, c’est très clair, Denis Westhoff a hérité du talent d’écriture de sa mère. Son Sagan et fils est des plus captivants. Je vous le rappelle, j’ai lu Sagan et fils en l’espace seulement d’une soirée. J’arrive à lire très rapidement les belles œuvres, celles qui sont bien rédigées et qui m’emportent dans un précipice jusqu’à ce que j’atteigne enfin la dernière page.

Je suis heureuse d’avoir lu presque en même temps Avec mon meilleur souvenir (Gallimard, 1984) de Françoise mère. J’y ai découvert plusieurs éléments autobiographiques sur Sagan, et la lecture de Sagan et fils m’en a fait connaître d’autres, par exemple la relation cachée qu’entretenait Sagan avec Peggy Roche. Bien sûr, dans Sagan et fils, Françoise prend une place importante, mais Denis Westhoff eut la douceur de nous parler de son père. J’ai trouvé que le tout avait été bien calibré. Évidemment, lorsqu’on est une admiratrice, on cherche évidemment à tout savoir. Pendant un instant, en visualisant diverses photos de Françoise Sagan et de son fils sur Internet, je me suis mise à réfléchir, à penser comment cela doit être que de tout exposer ainsi au public. Car ces photos que je regarde, elles ne sont plus l’ordre du privé, elles ont fait le tour du monde. Ce qui reste maintenant de cette relation mère-fils, c’est ce que Denis Westhoff a bien voulu partager aux nombreux lecteurs de sa mère, ce qui fait de nous des lecteurs hautement privilégiés.

Outre Françoise Sagan, j’ai récemment lu Marc Séguin. Son Hollywood est bien, mais j’ai de loin préféré son roman Nord Alice, que je vous recommande fortement.

3 novembre 2019

Les Quatre Coins du cœur: ma lecture de ce roman inédit de Françoise Sagan

J’ai complété plus tôt aujourd’hui la lecture de deux romans de Françoise Sagan : Dans un mois, dans un an et son roman inédit, Les Quatre Coins du cœur. J’avais fait l’achat du roman inédit de Françoise Sagan à mon retour de vacances, il y a déjà 3 semaines passées. Aujourd’hui, j’ai d’abord complété la lecture de Dans un mois, dans un an, pour ensuite me replonger dans la lecture des Quatre Coins du cœur. Je dis bien « replongé », car aussitôt le livre entre mes mains, je commençais à le lire. De Montréal, je dois dire que j’ai dû patienter des semaines avant que Les Quatre Coins du cœur ne soit enfin disponible en librairie. En achetant le livre, je voulais d’abord me faire plaisir, mais je voulais surtout encourager la succession de Françoise Sagan. J’avais été touché d’apprendre toutes les difficultés rencontrées par Denis Westhoff. En acceptant l’héritage de sa mère, il devait par le fait même s’acquitter de lourdes dettes.

Avant aujourd’hui, j’avais donc déjà entamé la lecture de ce beau roman, mais ma lecture de départ avait été entachée par ce que j’avais appris quant à cette œuvre inédite de Françoise Sagan. La préface d’introduction aux Quatre Coins du cœur, écrite par le fils de Françoise Sagan, Denis Westhoff, y était pour quelque chose. C’est que dans sa préface, Westhoff décrit les circonstances entourant la découverte de deux manuscrits constituant le roman. Certes, la préface de Westhoff est intéressante, mais j’aurais aimé une présentation plus étoffée. La publication de ce roman est des plus mystérieuses. Je peine à comprendre s’il s’agit là d’un roman entièrement écrit par la plume de Sagan, ou s’il s’agit d’une reconstitution de ce qui aurait pu être le roman, si publication il y aurait eu à l’époque de Sagan.

Dans sa préface Quatre Coins du cœur, Denis Westhoff explique que les deux volumes constituant Les Quatre Coins du cœur étaient dans un « état d’inachèvement » (Denis Westhoff, Préface de Les Quatre Coins du cœur, p. 10). Par ailleurs, Westhoff ne s’en cache pas, les deux manuscrits qu’il a retrouvés sont incomplets.

« L’idée d’une réécriture du roman par un auteur contemporain qui serait à la hauteur de la tâche nous effleura, Jean-Marc [il est question ici de Jean-Marc Roberts de la maison Stock] et moi. Mais le manuscrit, privé de certains mots, parfois même de passages entiers, souffrait de telles incohérences que ce projet fut vite abandonné. » (Denis Westhoff, Préface de Les Quatre Coins du cœur, p.11). Denis Westhoff entreprit donc la réécriture du livre : « Plusieurs voix me laissaient entendre que j’étais le seul à pouvoir réécrire le livre, et que ce roman devait nécessairement être publié, quel que fût son état, parce qu’il apportait une pièce certes imparfaite dans l’œuvre, néanmoins essentielle. » (Denis Westhoff, Préface de Les Quatre Coins du cœur, p.11).

Suivant la lecture de la préface de Denis Westhoff, j’ai commencé la lecture du premier chapitre du roman, mais mon cœur de lectrice n’était pas complètement ouvert, je doutais de la pertinence de la lecture de ce roman inédit de Sagan. Je ne savais pas si c’était là du Françoise Sagan ou du Denis Westhoff que je lisais. Qui était donc l’auteur, de ce « de », de ce « la ». Et cette virgule, ce point… Était-ce l’œuvre de Sagan ou de Westhoff? J’étais totalement intriguée et mon étonnement m’enlevait toute concentration. Je jugeais de chaque mot. Et lorsque que je vis l’utilisation de parenthèses, je me suis dit qu’il devait s’agit de parenthèses véritablement utilisées par Françoise Sagan elle-même, car les parenthèses pouvaient certainement ajouter des traits explicatifs à une scène, en sachant que les deux manuscrits constituant Les Quatre coins du cœur étaient, au départ, un scénario de film qui ne s’est jamais concrétisé. La lecture de chaque caractère de ce roman inédit se présentait à moi comme une véritable torture. Je tentais désespérément de répartir le vrai Sagan du faux.

Et pour alourdir mon malheur, j’entrepris la lecture des critiques de Les Quatre Coins du cœur. J’ai lu tout ce que j’ai pu lire sur Internet. Certaines critiques sont fracassantes, dont celle un auteur à succès pourtant, mais que je n’ai jamais lu, Frédéric Beigbeder. La lecture de la préface de Denis Westhoff, ainsi que des critiques, bonnes ou mauvaises, de ce roman inédit, sont venues détruire mon plaisir de lectrice. Or, j’entrepris de me rattraper en lisant quelques romans connus de Françoise Sagan : Un certain sourire; Aimez-vous Brahms…, Dans un mois, dans un an. Mon objectif était de me replonger dans son univers littéraire, afin de mieux apprécier ma lecture prochaine de Les Quatre Coins du cœur. Je voulais rendre ma lecture de Les Quatre Coins du cœur crédible. Je voulais être en mesure de ressentir l’écrivaine. C’est ainsi que tout de suite après avoir lu Dans un mois, dans un an, j’entrepris, dans un bonheur immense, la lecture de Les Quatre Coins du cœur. C’était une histoire entre moi et Françoise Sagan. Il n’y avait plus l’ombre de son fils, ni l'écho d'horribles critiques, dans le portrait.

J’ai pour ma part adoré Les Quatre Coins du cœur. La lecture de ce roman m’a très vite conquise. J’ai dévoré les 202 pages en un seul après-midi, en cette journée de dimanche. Je n’ai pas décelé de décalage de ton. Du début à la fin, la voix de Denis Westhoff ne se ressent pas. Bien qu’on sait qu’il a dû se prêter au jeu d’écrivain afin d’écrire certains passages manquants, c’est Françoise Sagan qu’on lit à travers ces pages, et ce, jusqu’à la toute fin. J’aime les fins ouvertes qu’offre Sagan à chacun de ses romans.

Je suis très heureuse d’avoir fait l’achat des Quatre Coins du cœur, je ne le regrette pas. Heureusement, j’ai encore bien d’autres œuvres de Françoise Sagan à découvrir. Je n’en ai lu que quatre jusqu’à présent, pour ne pas dire cinq, car j’ai lu Bonjour tristesse il y a fort longtemps. Jusqu’ici, la lecture de ses romans m’apporte beaucoup de satisfaction. Lire du Sagan, c’est vraiment un pur bonheur. Bravo à Denis Westhoff pour son courage et sa persévérance. Lisez Les Quatre Coins du cœur avec un cœur vierge de tous jugements. Vous verrez, vous serez très vie transporté dans un nouvel univers saganesque.


Critique de Les Quatre Coins du cœur ailleurs sur le Web :

La Grande Parade

Le Monde

L’Express

Télérama

RTL

20 Minutes

Paris Match

Grazia

La Presse

L’Écho républicain

France Inter

6 octobre 2019

Quelques lectures : Un certain sourire de Françoise Sagan, L’asphyxie de Violette Leduc et Chambre d’hôtel de Colette

Pour la semaine qui vient de se terminer en ce dimanche gris à Montréal, j’ai réussi à clore quelques-unes de mes lectures dites « secrètes » : Un certain sourire de Françoise Sagan, L’asphyxie de Violette Leduc et Chambre d’hôtel, un recueil de deux nouvelles de Colette que j’ai tout simplement adoré. J’étais heureuse de pouvoir compléter ces lectures. Mon meilleur truc de lecture, c’est de toujours avoir un livre avec moi, que je laisse dans mon sac à mains, peu importe où je vais, l’ouvrage ne me lâche pas. Ainsi, j’arrive à avancer à bons pas dans mes projets de lecture. Cela fait réellement une différence que de lire en mes temps de pauses et heures de lunch au travail. Quotidiennement, j’arrive à lire au minimum près de 2 heures par jour, sans compter mon temps de lecture au lit, tout juste avant de m’endormir le soir. Présentement, ma lecture du moment est L’affamée, de Violette Leduc. Cette lecture est un vrai régal. J’adore le style enflammé de ce roman de Violette Leduc, que j’imagine sans mal être autobiographique. J’avais également entrepris la lecture de La vieille fille et le mort (Gallimard, 1958), mais après quelques pages, je n’étais pas emballée, alors j’ai décidé de ne pas poursuivre plus longuement la lecture de ce petit roman (97 pages). J’ai eu exactement le même problème avec le roman Entre la vie et la mort (Gallimard, 1968), de Nathalie Sarraute, qui n’a pas su éveiller mon intérêt.

Il y a quelques semaines déjà, vu un film sur ICI ARTV j’ai visionné un film sur la vie de Violette Leduc, c’est ce qui m’a fait retourner à ses livres. Emmanuelle Devos est sensationnelle dans le rôle de Leduc. Sandrine Kiberlain offre une très belle performance dans le rôle de Simone de Beauvoir, très touchante. Dans ce film sur la vie de Violette Leduc, Violette du réalisateur Martin Provost, l’interprétation qui m’a le plus plu est celle de Jacques Bonnaffé, dans le rôle de Jean Genet. On y découvre un Jean Genet sympathique, doté d’une très grande humanité. Jacques Bonnaffé est plus que parfait. Il était né pour incarner ce rôle. J’ai vraiment eu l’impression d’entrer en contact avec le véritable Jean Genet. Par la même occasion, j’ai eu envie de relire Jean Genet, et bien sûr, d’en connaître davantage sur le fabuleux acteur l’ayant incarné avec tant de grâce. Le charisme de Bonnaffé au grand écran a su opérer. Quelque part, je me demande si ce n’est pas plutôt la personne de Jacques Bonnaffé dont je serai « secrètement » éprise… Je suis une grande sentimentale, avec moi, tout est possible, absolument rien n’est impossible.

Comme à peu près tout lecteur qui se respecte, j’ai lu, mais il y a déjà longtemps, La bâtarde de Violette Leduc. Par contre, je n’avais jamais vraiment lu, me semble-t-il, ses autres œuvres. L’asphyxie relate de l’enfance, trop souvent malheureuse, de Violette Leduc. Violette Leduc avait (comme moi) Simone de Beauvoir en adoration complète et totale. Simone de Beauvoir poussa Violette Leduc à l’écriture. Dans ce très beau film sur la vie de l’auteure de La bâtarde, on constate assez vite que Leduc était une personne difficile, qu’elle souffrait énormément du manque de reconnaissance à ses débuts littéraires, et surtout, que le fait d’être née « bâtarde », sans identité paternelle, semble avoir conditionné toute sa vie, comme une complainte. Or, le succès littéraire arriva et grâce à lui, Violette Leduc eut finalement le dessus sur cette enfance malheureuse.

Pour ma part, j’ai quelques jours de vacances qui approchent très bientôt, et je veux en profiter pour relire une œuvre magistrale, vous devrez sortir vos mouchoirs pour en arriver à bout, je vous le dis : Pélagie-la-Charrette d’Antonine Maillet. Je l’ai déjà expliqué dans un précédent billet, le choix de Pélagie-la-Charrette comme lecture de vacances n’est pas anodin, car c’est à l’automne de l’année 1979 que Pélagie-la-Charrette remporta le très prestigieux prix Goncourt, sous la présidence d’Hervé Bazin. Donc en cette année 2019, nous célébrons le 40e anniversaire de l’obtention du prix Goncourt par Antonine Maillet. En plus d’avoir obtenu le prix Goncourt, Antonine Maillet fut la première lauréate hors Europe à remporter l’ultime récompense. J’ai très hâte de me replonger dans Pélagie-la-Charrette.

Quant à Un certain sourire, je n’avais pas prévu me replonger dans les œuvres de Françoise Sagan de sitôt. Or, suite à l’annonce de la parution récente de son roman posthume, Les quatre coins du cœur, je me suis dit, quelle bonne idée, relisons Françoise Sagan! J’ai été particulièrement touché par toute l’histoire entourant l’édition de ce roman posthume de Sagan, de l’heureuse trouvaille faite par son fils de ce manuscrit, dont les lettres commençaient doucement à s’effacer sous des tonnes de papiers… C’est connu, la fin de vie de Françoise Sagan en fut une difficile, elle était aux prises avec des problèmes financiers, doublés de problèmes de santé dus à une dépendance à des médicaments. J’aime beaucoup Françoise Sagan. Je vous recommande fortement la lecture d’Un certain sourire, le deuxième roman de Sagan, après Bonjour tristesse. On y retrouve certaines allusions à l’existentialisme, à cette fameuse nausée, en plus d’une illusion au grand Jean-Paul Sartre, dont Françoise Sagan était l’amie. 

Allez, je vous gâte un peu avec l’extrait en question :

« Je me retrouvai dans les Champs-Élysées avec sur les lèvres le goût d’une bouche étrangère et décidai de rentrer pour lire un nouveau roman.

C’était un très beau livre de Sartre, L’Âge de raison. Je m’y jetai avec bonheur. J’étais jeune, un homme me plaisait, un autre m’aimait. J’avais à résoudre un de ces stupides petits conflits de jeune fille; je prenais de l’importance. » (Françoise Sagan, Un certain sourire, Julliard, Paris, 1956, p. 40).

Ce beau roman, Françoise Sagan le dédit à Florence Malraux. La fille d’André Malraux était amie avec Sagan.

La nausée existentielle, qu’on connaît de Sartre, il l’a peut-être même inventée, est bien présente dans Un certain sourire :

« Et je me soulevais sur le coude pour l’embrasser. Mais en me penchant sur lui je fuis envahie d’une sorte de nausée, de la conviction irrémédiable que ce visage, cet homme, c’était la seule chose pour moi. » (Françoise Sagan, Un certain sourire, Julliard, Paris, 1956, p. 127).

De même que l’existentialisme tout court :

« Vous avez le temps de quoi? dis-je?
De rien. Ni le temps, ni la force, ni l’envie. Si j’avais été capable de quoi que ce soit, je t’aurais aimée.
Qu’est-ce que ça aurait changé? » (Françoise Sagan, Un certain sourire, Julliard, Paris, 1956, p. 129).

Comment peut-on ne pas aimer Françoise Sagan? Tout ce qu’elle écrit est absolument sublime, pas compliqué. On peut facilement s’y attacher.

« Je n’avais jamais tant aimé un visage. J’aimais même ses joues, alors que les joues m’avaient toujours paru une partie sans chair, l’aspect « poisson » du visage. À présent je comprenais Proust parlant longuement des joues d’Albertine, lorsque j’appuyais mon visage contre celles de Luc, fraîches et un peu rêches de la barbe qui y renaissait. Il me faisait aussi découvrir mon corps, m’en parlait avec intérêt, sans indécence, comme d’une chose précieuse. » (Françoise Sagan, Un certain sourire, Julliard, Paris, 1956, p. 90).

Je ne pourrai terminer que sur meilleure note mon compte rendu de lecture. Je reviendrai avec un nouveau billet pour le Chambre d’hôtel de Colette, car j’ai trop à dire.

« La vie est juste en face. » – Antonine Maillet (1929-2025)

C'était un jour que tous ses admirateurs savaient plus proche que lointain. Antonine Maillet s'est éteinte dans le 17 février à son ...