27 octobre 2019

La Détresse et l’Enchantement avec Marie-Thérèse Fortin au Théâtre du Nouveau Monde : à voir absolument!

Je suis revenue de quelques jours de vacances plus tôt cette semaine. Pendant mes vacances, j’ai pu compléter la lecture de quelques romans : Pélagie-la-Charrette d’Antonine Maillet, Nord Alice de Marc Séguin et La vie devant soi de Romain Gary. J’y reviendrai dans un prochain billet. Avant de quitter Montréal pour quelques jours, je m’étais fait un cadeau, un achat compulsif : une entrée pour l’adaptation au théâtre de l’autobiographie La Détresse et l’Enchantement de Gabrielle Roy. Et je n’ai pas fait les choses à moitié, j’avais opté pour une place au niveau Parterre, section Or, histoire de ne rien manquer de la très grande Marie-Thérèse Fortin.

Il faut dire que La Détresse et l’Enchantement roule sa bosse au théâtre depuis un certain temps déjà. À l’époque, j’avais amèrement regretté de ne pas avoir assisté à l’une de ses représentations, parce que j’adore Gabrielle Roy. Or, c’est maintenant chose faite! 

Je me suis rendue aujourd’hui en après-midi au Théâtre du Nouveau Monde afin d’assister à la représentation. C’était ma première fois au TNM. J’ai trouvé le lieu vraiment très élégant, avec un beau bar à son entrée. De belles affiches mettent en valeur les pièces à venir. Ceci étant dit, je n’ai rien à cacher, de façon générale, je ne suis pas une grande passionnée de théâtre. Le théâtre me laisse plutôt indifférente. Je préfère de loin me plonger dans la lecture de romans, me laisser envahir par mes propres images plutôt que de me les laisser imposer des règles scénarisations et un jeu précis d’acteurs pour ainsi me faire imposer un imaginaire qui n’est pas le mien.

Avant d’assister à La Détresse et l’Enchantement au Théâtre du Nouveau Monde, la seule pièce de théâtre auquel j’ai assisté, c’était il y a quelques années déjà. En bonne Acadienne que je suis, je m’étais déplacée au Théâtre du Rideau Vert du Plateau Mont-Royal pour y voir La Sagouine, merveilleusement bien jouée par Viola Léger. Et là encore, je n’ai pas eu de regrets. Je crois que ce fut d’ailleurs la dernière fois que La Sagouine fut interprétée par Viola Léger à Montréal. Donc chaque événement théâtral auquel je choisis d’assister en vaut toujours la peine, du moins, pour ces deux-là.

Aujourd’hui fut une journée froide et pluvieuse à Montréal, mais La Détresse et l’Enchantement a eu pour effet d’amener un peu de soleil dans ma journée. Je ne savais pas à quoi m’attendre, sinon à un monologue directement inspiré de l’autobiographie de Gabrielle Roy. Mais le problème en étant un d’envergure : est-il possible de bien adapter une autobiographie au théâtre? La réponse est oui. Marie-Thérèse Fortin et Olivier Kemeid signent le montage dramaturgique. J’ai bien aimé la sélection des tranches de vie qu’ils ont choisi de représenter. Le tableau illustrant le décès du père de Gabrielle Roy était particulièrement touchant, tandis que celui mettant en lumière sa vie d’institutrice a su faire rire le public présent dans la salle.

Seule sur scène, Marie-Thérèse Fortin offre une très belle performance. Il faut dire que tout repose sur ses épaules, sans entracte. Son monologue est pigmenté d’anecdotes croustillantes. Outre la voix de Gabrielle Roy, Marie-Thérèse interprète aussi, à différents moments celle de plusieurs protagonistes, dont celle de la mère de l’écrivaine. Marie-Thérèse Fortin y va à fond. Grâce à cette adaptation théâtrale de La Détresse et l’Enchantement, j’ai fait un beau voyage dans plusieurs moments charnières de la vie de Gabrielle Roy. Le tout est livré avec justesse. J’ai particulièrement aimé les moments au cours desquels, à travers ses voyages en France et en Angleterre, Gabrielle cherche sa vocation. Arrivant au bout de ses économies et la Deuxième Guerre mondiale étant sur le point d’éclater, Gabrielle revient au pays. Elle s’installe à Montréal, elle n’a pas les sous qu’il faut pour retourner au Manitoba. Sa vocation d’écrivain lui est révélée lors d’un périple tourmenté par le mauvais temps dans le nord du Québec. Avec beaucoup de grâce, c’est sur cette belle image que nous laisse Marie-Thérèse Fortin. Une écrivaine est née. J’ai trouvé cette fin admirable, j’en avais les larmes aux yeux.

À nous maintenant, lecteurs et lectrices, d’apprécier l’œuvre de Gabrielle Roy à sa juste valeur et de la lire et de la relire…

11 octobre 2019

Gagnez un exemplaire autographié du roman Ru de Kim Thúy!


En cette soirée du mercredi 9 octobre, la Grande Bibliothèque de Montréal accueillait à bras ouverts une de ses concitoyennes d’exception, l’écrivaine Kim Thúy. Il y avait foule. Pour ma part, afin d’assister à l’événement, j’avais quitté mon lieu de travail à 17 heures pile, en prenant soin d’emporter avec moi les trois ouvrages de Kim Thúy dont j’avais fait l’achat la journée même à l’Indigo de la rue Sainte-Catherine : Ru, Mãn et Vi. Je vous réserve d’ailleurs une belle surprise. Afin de la découvrir, il faudra lire ce billet dans son intégralité!

Je pense que le Québec tout entier connaît Kim Thúy. Personnellement, je connais Kim Thúy plus à titre de personnalité publique qu’en tant qu’auteure. Il faut vivre bien caché sous une roche pour ne pas la connaître. Bien que le français ne soit pas sa langue maternelle, Thúy s’exprime avec aisance. Elle est drôle, attachante, gentille. On pourrait aisément l’écouter parler pendant des heures sans se fatiguer. Aller à la rencontre de Kim Thúy, c’est aller à la rencontre d’une écrivaine débordante de vitalité. Elle dégage une énergie communicatrice qui en fait une oratrice hors pair.

Comme à peu près tout le monde au Québec, je connaissais Kim Thúy, c’est-à-dire que je connaissais déjà son histoire, ses origines, les circonstances de sa venue au Canada, etc. J’ai également vu par le passé un très beau reportage portant sur son retour au Vietnam. Kim Thúy est Montréalaise d’adoption. La figure publique m’est donc familière, mais je ne connais pas Kim Thúy en tant qu’écrivaine. Je n’ai jamais lu ses œuvres, et ce, bien qu’elle soit une grande vedette de l’édition. Personnellement, j’ai dû mal à lire ces auteurs qui sont lus par monsieur et madame tout le monde. Les phénomènes littéraires du moment m’excitent et me tentent peu. Par exemple, je n’ai jamais lu les Alexandre Jardin, Frédéric Beigbeder, Éric-Emmanuel Schmitt, et encore moins les Virginie Despentes de ce monde. Pour moi, l’essence même de la littérature française ne se retrouve pas dans cette littérature dite populaire. J’aurais l’impression de perdre mon temps en lisant ces ouvrages. Or, je vais déroger à ma règle en ce qui concerne Kim Thúy, car il serait dommage, après avoir vécu cette rencontre d’exception, que de m’en tenir uniquement qu’à la personnalité publique.

Lors de cette soirée, Jean-Louis Roy, le président-directeur général de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, a présenté Kim Thúy comme étant un être humain exceptionnel qui a eu plusieurs vies, de son départ du Vietnam parmi les « boat people », sa vie de réfugiée en Malaisie avec sa famille, jusqu’à son arrivée au Canada, à l’âge de 10 ans. Elle apprit à parler français à Granby, ville qu’elle qualifie de paradis terrestre. Plus tard, Kim Thúy fréquenta l’Université de Montréal, où elle suivra un double cursus en traduction et en droit. Elle devint avocate. Dans le cadre de ses activités professionnelles, un mandat lui fut assigné à Saigon, au Vietnam, ce qui lui permit de renouer avec ses origines. Et ce fut là le début de tout, c’est ce qui amena doucement Kim Thúy à l’écriture. Avant de devenir écrivaine, Thúy fit fait une incursion dans l’univers de la restauration. Son établissement avait la cote auprès des critiques et du grand public, mais ses activités n’étaient pas rentables. Il semblerait que l’écrivaine ait toujours des dettes en lien avec son passé de restauratrice.

On ressent fortement la puissance artistique et Kim Thúy. Volubile et boute-en-train, lorsqu’elle s’exprime et s’adresse à nous, elle se donne toute entière. Son auditoire à accès à toute sa personne. Son esprit est libre, brillant. Lors de cette rencontre, Kim Thúy s’est livrée à nous en toute transparence. C’est quelque chose qui me plaît beaucoup chez elle, son authenticité. Ce que je recherche habituellement en lisant un livre, c’est l’accès exclusif à des fibres de vie de l’auteur. Je veux entrer en contact à leur vérité. Sans l’avoir encore lu, je crois que l’œuvre de Kim Thúy devrait être assez puissante pour m’exposer à sa vérité. Elle devrait me plaire. Lors de cette rencontre, Kim Thúy avait beaucoup à nous dire et à partager. Le public présent à l’auditorium de la Grande Bibliothèque de Montréal était invité à lui poser ses questions. Nous avons eu droit à une foule d’anecdotes aussi intéressantes les unes que les autres, dont l’histoire de sa fameuse gaine.

Kim Thúy est une humoriste dans l’âme. Impossible de ne pas rire de bon cœur en écoutant ses histoires abracadabrantes. Finaliste au très prestigieux prix Giller, Kim Thúy devait se rendre à Toronto en avion, mais en raison du mauvais temps, elle dut se résoudre à prendre le train. Étant à la dernière minute, un ami couturier lui prêta une robe qui s’ajustait mal à sa petite taille. Il lui était pratiquement impossible de fermer la fermeture éclair de sa robe. En dernier recours, elle fit l’achat d’une gaine, qu’elle enfila à l’envers et eu pour effet de lui créer un gros ventre… Elle peina à attacher sa robe et eut son moment « wardrobe malfunction » en direct à la télévision…

Mis à part son côté bouffon, Kim Thúy est dotée d’une sensibilité d’artiste et est capable de sérieux. À une jeune personne lui demandant si l’indignation était un moteur à son écriture, Kim a donné une réponse très intéressante, en disant qu’elle s’indigne souvent, et que l’avantage d’être Vietnamien, c’est que ce peuple est plus vicieux, sournois. Les Vietnamiens s’indignent, mais personne ne sait lorsqu’ils s’indignent, mais lorsque cela arrive…  Plus sérieusement, l’écrivaine est d’avis qu’il faut s’indigner, mais qu’il y a plusieurs façons de s’indigner. Il y a plusieurs véhiculent, il n’y en a pas de bons ou de mauvais. Le véhicule d’indignation qui est le plus confortable pour Kim Thúy, de même que le plus efficace selon elle, c’est la beauté.

Ok Mme Thúy, vous m’avez perdu pendant quelques secondes! Poursuivons...

La beauté est le meilleur véhicule pour tout, pour s’indigner, pour se fâcher. Pour illustrer ses dires, l’écrivaine nous a présenté deux exemples, dont celui de la guerre du Vietnam. La guerre du Vietnam fut la première guerre visuelle. Il y avait beaucoup de photos. Les images arrivaient dans la télé, presque en direct. Il y a une photo qui est célèbre et qui a fait changer la vision de la guerre du Vietnam à travers le monde entier. C’est celle de la petite fille qui courait au milieu de tout. Et pourquoi? Parce que cette photo était parfaite, elle était parfaitement cadrée. La petite fille était presque en symétrie, et elle était la seule à être complètement dénudée. Donc la première vision que l’on a, on ne sait pas encore exactement de quoi il est question. On constate seulement qu’il s’agit d’une très belle photo. Et parce que nous avons été attirés par la beauté de la chose, nous sommes entrés dans la photo, et là, on voit le contenu, mais c’est trop tard. On ne peut plus reculer, on est déjà dedans. Il est trop tard.

Plus récemment, avec l’immigrant syrien, la photo qui a fait basculer, si on veut, c’est le petit Aylan sur la plage, avec ce t-shirt rouge, cet enfant qui semblait dormir sur la plage. On regarde et on se dit, mais c’est une belle photo. D’abord et avant tout, c’est une belle photo. Et là, oups, on a réalisé c’était quoi… Le lendemain, il y avait d’autres photos, avec un cadrage beaucoup plus large où on voyait la garde côtière, les bateaux et tout cela, mais on ne s’en souvient pas, parce que ces photos étaient moins belles. Selon Kim Thúy, la beauté réussit à véhiculer tous les messages, et ce, parce que nous avons tous vécu la beauté, à un moment ou à un autre, que ce soit une fleur, une gorgée d’eau, ou peu importe, mais nous avons tous vécu la beauté. Dans ce cas-là, nous pouvons être touchés, nous pouvons être interpellés. Nous n’avons pas tous la chance de vivre l’horreur.

Kim Thúy avait donc de très belles choses à nous dire. Ses propos, comme vous pouvez en déduire, étaient très intelligents. Il s’en dégageait une belle fraîcheur qui avait dont de captiver son public, dont moi-même. Ce fut donc une soirée fort animée. La rencontre se clôtura avec une séance de signatures. J’offre à mes lecteurs la chance de gagner un exemplaire autographié par Kim Thúy elle-même de Ru, son tout premier roman. Lors de la signature, je lui ai confié que je ne l’avais jamais lu. Elle m’a conseillé de commencer par Ru. Pour Ru, comme je le fais tirer au sort, je ne lui ai pas demandé de dédicace, je lui ai dit qu’il allait être offert en cadeau… Quant à mes exemplaires de Mãn et Vi, je lui ai demandé une dédicace à mon nom. Ce quoi elle a répondu que si je ne les aimais pas, qu’elle avait entendu dire que ses livres brûlaient bien dans des feux de foyer. J’ai essayé de la rassurer en lui disant que ses livres allaient sûrement me plaire. Évidemment, les fous rires étaient au rendez-vous.

La voici à l’œuvre :



Le prochain grand rendez-vous littéraire à la Grande Bibliothèque de Montréal aura lieu avec Michel Marc Bouchard en novembre prochain, c’est à ne pas manquer.

Afin de courir la chance de gagner cet exemplaire autographiée par Kim Thúy de Ru, c’est très simple.


Il suffit de me suivre sur Facebook ici. Le tirage aura lieu le 2 novembre.

Bonne chance :-)



6 octobre 2019

Quelques lectures : Un certain sourire de Françoise Sagan, L’asphyxie de Violette Leduc et Chambre d’hôtel de Colette

Pour la semaine qui vient de se terminer en ce dimanche gris à Montréal, j’ai réussi à clore quelques-unes de mes lectures dites « secrètes » : Un certain sourire de Françoise Sagan, L’asphyxie de Violette Leduc et Chambre d’hôtel, un recueil de deux nouvelles de Colette que j’ai tout simplement adoré. J’étais heureuse de pouvoir compléter ces lectures. Mon meilleur truc de lecture, c’est de toujours avoir un livre avec moi, que je laisse dans mon sac à mains, peu importe où je vais, l’ouvrage ne me lâche pas. Ainsi, j’arrive à avancer à bons pas dans mes projets de lecture. Cela fait réellement une différence que de lire en mes temps de pauses et heures de lunch au travail. Quotidiennement, j’arrive à lire au minimum près de 2 heures par jour, sans compter mon temps de lecture au lit, tout juste avant de m’endormir le soir. Présentement, ma lecture du moment est L’affamée, de Violette Leduc. Cette lecture est un vrai régal. J’adore le style enflammé de ce roman de Violette Leduc, que j’imagine sans mal être autobiographique. J’avais également entrepris la lecture de La vieille fille et le mort (Gallimard, 1958), mais après quelques pages, je n’étais pas emballée, alors j’ai décidé de ne pas poursuivre plus longuement la lecture de ce petit roman (97 pages). J’ai eu exactement le même problème avec le roman Entre la vie et la mort (Gallimard, 1968), de Nathalie Sarraute, qui n’a pas su éveiller mon intérêt.

Il y a quelques semaines déjà, vu un film sur ICI ARTV j’ai visionné un film sur la vie de Violette Leduc, c’est ce qui m’a fait retourner à ses livres. Emmanuelle Devos est sensationnelle dans le rôle de Leduc. Sandrine Kiberlain offre une très belle performance dans le rôle de Simone de Beauvoir, très touchante. Dans ce film sur la vie de Violette Leduc, Violette du réalisateur Martin Provost, l’interprétation qui m’a le plus plu est celle de Jacques Bonnaffé, dans le rôle de Jean Genet. On y découvre un Jean Genet sympathique, doté d’une très grande humanité. Jacques Bonnaffé est plus que parfait. Il était né pour incarner ce rôle. J’ai vraiment eu l’impression d’entrer en contact avec le véritable Jean Genet. Par la même occasion, j’ai eu envie de relire Jean Genet, et bien sûr, d’en connaître davantage sur le fabuleux acteur l’ayant incarné avec tant de grâce. Le charisme de Bonnaffé au grand écran a su opérer. Quelque part, je me demande si ce n’est pas plutôt la personne de Jacques Bonnaffé dont je serai « secrètement » éprise… Je suis une grande sentimentale, avec moi, tout est possible, absolument rien n’est impossible.

Comme à peu près tout lecteur qui se respecte, j’ai lu, mais il y a déjà longtemps, La bâtarde de Violette Leduc. Par contre, je n’avais jamais vraiment lu, me semble-t-il, ses autres œuvres. L’asphyxie relate de l’enfance, trop souvent malheureuse, de Violette Leduc. Violette Leduc avait (comme moi) Simone de Beauvoir en adoration complète et totale. Simone de Beauvoir poussa Violette Leduc à l’écriture. Dans ce très beau film sur la vie de l’auteure de La bâtarde, on constate assez vite que Leduc était une personne difficile, qu’elle souffrait énormément du manque de reconnaissance à ses débuts littéraires, et surtout, que le fait d’être née « bâtarde », sans identité paternelle, semble avoir conditionné toute sa vie, comme une complainte. Or, le succès littéraire arriva et grâce à lui, Violette Leduc eut finalement le dessus sur cette enfance malheureuse.

Pour ma part, j’ai quelques jours de vacances qui approchent très bientôt, et je veux en profiter pour relire une œuvre magistrale, vous devrez sortir vos mouchoirs pour en arriver à bout, je vous le dis : Pélagie-la-Charrette d’Antonine Maillet. Je l’ai déjà expliqué dans un précédent billet, le choix de Pélagie-la-Charrette comme lecture de vacances n’est pas anodin, car c’est à l’automne de l’année 1979 que Pélagie-la-Charrette remporta le très prestigieux prix Goncourt, sous la présidence d’Hervé Bazin. Donc en cette année 2019, nous célébrons le 40e anniversaire de l’obtention du prix Goncourt par Antonine Maillet. En plus d’avoir obtenu le prix Goncourt, Antonine Maillet fut la première lauréate hors Europe à remporter l’ultime récompense. J’ai très hâte de me replonger dans Pélagie-la-Charrette.

Quant à Un certain sourire, je n’avais pas prévu me replonger dans les œuvres de Françoise Sagan de sitôt. Or, suite à l’annonce de la parution récente de son roman posthume, Les quatre coins du cœur, je me suis dit, quelle bonne idée, relisons Françoise Sagan! J’ai été particulièrement touché par toute l’histoire entourant l’édition de ce roman posthume de Sagan, de l’heureuse trouvaille faite par son fils de ce manuscrit, dont les lettres commençaient doucement à s’effacer sous des tonnes de papiers… C’est connu, la fin de vie de Françoise Sagan en fut une difficile, elle était aux prises avec des problèmes financiers, doublés de problèmes de santé dus à une dépendance à des médicaments. J’aime beaucoup Françoise Sagan. Je vous recommande fortement la lecture d’Un certain sourire, le deuxième roman de Sagan, après Bonjour tristesse. On y retrouve certaines allusions à l’existentialisme, à cette fameuse nausée, en plus d’une illusion au grand Jean-Paul Sartre, dont Françoise Sagan était l’amie. 

Allez, je vous gâte un peu avec l’extrait en question :

« Je me retrouvai dans les Champs-Élysées avec sur les lèvres le goût d’une bouche étrangère et décidai de rentrer pour lire un nouveau roman.

C’était un très beau livre de Sartre, L’Âge de raison. Je m’y jetai avec bonheur. J’étais jeune, un homme me plaisait, un autre m’aimait. J’avais à résoudre un de ces stupides petits conflits de jeune fille; je prenais de l’importance. » (Françoise Sagan, Un certain sourire, Julliard, Paris, 1956, p. 40).

Ce beau roman, Françoise Sagan le dédit à Florence Malraux. La fille d’André Malraux était amie avec Sagan.

La nausée existentielle, qu’on connaît de Sartre, il l’a peut-être même inventée, est bien présente dans Un certain sourire :

« Et je me soulevais sur le coude pour l’embrasser. Mais en me penchant sur lui je fuis envahie d’une sorte de nausée, de la conviction irrémédiable que ce visage, cet homme, c’était la seule chose pour moi. » (Françoise Sagan, Un certain sourire, Julliard, Paris, 1956, p. 127).

De même que l’existentialisme tout court :

« Vous avez le temps de quoi? dis-je?
De rien. Ni le temps, ni la force, ni l’envie. Si j’avais été capable de quoi que ce soit, je t’aurais aimée.
Qu’est-ce que ça aurait changé? » (Françoise Sagan, Un certain sourire, Julliard, Paris, 1956, p. 129).

Comment peut-on ne pas aimer Françoise Sagan? Tout ce qu’elle écrit est absolument sublime, pas compliqué. On peut facilement s’y attacher.

« Je n’avais jamais tant aimé un visage. J’aimais même ses joues, alors que les joues m’avaient toujours paru une partie sans chair, l’aspect « poisson » du visage. À présent je comprenais Proust parlant longuement des joues d’Albertine, lorsque j’appuyais mon visage contre celles de Luc, fraîches et un peu rêches de la barbe qui y renaissait. Il me faisait aussi découvrir mon corps, m’en parlait avec intérêt, sans indécence, comme d’une chose précieuse. » (Françoise Sagan, Un certain sourire, Julliard, Paris, 1956, p. 90).

Je ne pourrai terminer que sur meilleure note mon compte rendu de lecture. Je reviendrai avec un nouveau billet pour le Chambre d’hôtel de Colette, car j’ai trop à dire.

29 septembre 2019

Le professeur et Une phrase pour ma mère de Christian Prigent


La semaine dernière à la Grande Bibliothèque de Montréal, j’ai eu un moment de lecture très désagréable avec Le Professeur de Christian Prigent. La combinaison de ma lecture désastreuse, doublé de la chaleur tropicale, fit que ma fin de semaine se termina sur une fausse note. J’ai finalement retourné aujourd’hui les deux ouvrages de Christian Prigent que j’avais empruntés à la Grande Bibliothèque : Le professeur et Une phrase pour ma mère. Je ne vous suggère pas la lecture de son Le professeur. Par contre, Une phrase pour ma mère de Christian Prigent peut être intéressant comme premier ouvrage, afin de se familiariser avec son œuvre poétique. Tout comme pour Le professeur, j’ai lu que les premières pages d’Une phrase pour ma mère. En fait, j’ai relu les premières pages d’Une phrase pour ma mère. Comme je l’ai déjà expliqué ici, j’avais déjà lu Une phrase pour ma mère. Si vous empruntez Une phrase pour ma mère à la Grande Bibliothèque de Montréal, sachez qu’il y a un problème au niveau du magnétisme, vous devrez obligatoirement vous rendre au comptoir afin d’emprunter et retourner l’ouvrage.

J’ai pris l’habitude, études littéraires obligent, d’entreprendre la lecture de plusieurs ouvrages, de plusieurs auteurs, en même temps. Cette habitude comporte certains risques, dont celui d’« oublier » l’existence même de lectures en cours, surtout lorsqu’il s’agit de livres dont j’ai fait l’achat. Or, devant de telle situation, l’avantage est qu’à un moment donné ou à un autre, l’« oublie » est reconnue et on finit par s’y remettre, tôt ou tard. J’ai connu un de ces épisodes avec la lecture du fabuleux roman La Vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker. Ce n’est pas parce que ce roman ne m’a pas plu que je ne l’ai pas terminé, mais je l’avais tout simplement mis de côté, et je n’y avais plus pensé, jusqu’à tout récemment, avec l’arrivée de la télésérie du même nom en français, sur la chaîne Radio-Canada. J’ai écouté les premiers épisodes de la télésérie avec intérêt. Je suis d’avis que la télésérie ne rend pas justice au roman. Ce n’est pas la faute aux acteurs, ou à la scénarisation, mais ce roman de Dicker est tellement profond et puissant, que peu importe son adaptation, il faut vraiment lire La Vérité sur l’affaire Harry Quebert pour en apprécier le style et l’œuvre dans toute son identité. C’est la raison pour laquelle je préfère de loin le roman comme genre littéraire. Un roman ne peut pas mentir : soit il est bon ou pas. C’est tout.


La Vérité sur l’affaire Harry Quebert est un très grand roman. Dès la lecture de ses premières pages, j’ai tout de suite pensé à un auteur de la littérature américaine qui m’est très cher : Paul Auster. Bien qu’Auster écrive en anglais et que La Vérité est une œuvre francophone, j’ai tout de suite fait le rapprochement entre ces deux auteurs. C’est comme si, à seulement 27 ans, Joël Dicker avait déjà une vieille âme d’écrivain. À mon avis, La Vérité sur l’affaire Harry Quebert aurait pu être écrite par Paul Auster. Le jeune âge de Joël Dicker au moment de la publication de La Vérité m’avait étonné. Il s’en est suivi deux autres romans que je n’ai pas encore lus : Le Livre des Baltimore (2015) et La Disparition de Stephanie Mailer (2018). Avant même de poursuivre ma lecture de La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, que je vais malheureusement devoir reprendre du tout début parce que trop de temps s’est écoulé entre maintenant et mes dernières pages lues de cette œuvre vraiment géniale — je dois m’attaquer à la lecture de Pélagie-la-Charrette d’Antonine Maillet. Pourquoi?

Dimanche dernier, je vous l’ai déjà raconté, j’ai rencontré par hasard Antonine Maillet. Je suis allée vérifier la date de réception de son prix Goncourt : 1979. Je suis née en 1980, par conséquent, j’ai 39 ans, et… en cette année 2019, nous célébrons le 40e anniversaire du prix Goncourt d’Antonine Maillet pour Pélagie-la-Charrette. Bien sûr, j’ai déjà lu Pélagie, mais il y a bien longtemps déjà, et mon souvenir de lecture étant quelque peu flou, je me dois de remédier à la situation, et ce, le plus tôt possible. Je ne sais pas si c’était le cas en 1979, mais le prix Goncourt est généralement attribué durant le mois de novembre. Mon objectif étant de compléter la lecture de Pélagie-la-Charrette d’ici le mois d’octobre ou la mi-octobre, pour ensuite écrire un billet sur mon blogue, afin de célébrer le 40e anniversaire de l’obtention du prix Goncourt d’Antonine Maillet.

Dans ma vie, j’ai connu Pélagie-la-Charrette que sur le tard. Antonine Maillet est beaucoup plus connue en tant qu'auteure pour sa fabuleuse Sagouine, mais Pélagie-la-Charrette est tout aussi pertinente. Il y a 40 ans, pour la toute première fois, une œuvre canadienne-française remportait les plus grands honneurs de la littérature francophone. Il s’agit définitivement d’un anniversaire qui est à célébrer.

Bernard Pivot et Greta Thunberg

La grande marche pour le climat a eu lieu le 27 septembre à Montréal. J’y ai fait une incursion à mon heure de lunch. C’était impressionnant de voir cette immense foule de gens pacifiques manifester pour la cause du climat. Un demi-million de personnes s’étaient donné rendez-vous pour marcher avec Greta Thunberg. Voici quelques photos prises à partir de mon cellulaire :


















Si on compare Montréal à d’autres grandes villes dans le monde, on peut dire de Montréal qu’elle est une ville propre. L’eau qui coule du robinet est potable, plusieurs beaux grands parcs offrent des lieux de verdures aux citadins, on y collecte le recyclage et les ordures de manière efficace. De manière générale, Montréal est une ville propre. Moi qui suis asthmatique, j’y respire bien. Il faut avoir vu et vécu ce qui se fait ailleurs pour se plaindre de Montréal. Le problème dans l’immédiat c’est de voir toutes ces voitures circuler au centre-ville alors que Montréal est doté d’un bon système de métro et d’autobus. Je ne comprends pas d’où toutes ces voitures peuvent bien provenir?

Si je prends l’exemple de la petite ville dont je viens au Nouveau-Brunswick, on y a arrêté depuis peu la collecte du recyclage. Et pour quelle raison? On peut évoquer des raisons de budget, mais si le minimum n’est pas offert aux citoyens pour qu’on puisse développer notre côté vert, la bataille semble être perdue d’avance. Les municipalités ont un grand rôle à jouer dans le virement qui est en cours. Au Canada et sur la planète tout entière, il doit y avoir un « avant » et un « après » Greta Thunberg.

Le geste doit aussi venir de soi. J’habite seule, et à moi seule, je remplis un grand sac bleu de recyclage toutes les deux semaines. Imaginez maintenant ce qu’une famille de quatre personnes peut produire comme déchets si elle n’a pas accès au recyclage! De façon individuelle, on doit revoir notre façon de consommer. Personnellement, j’étais, même avant Greta Thunberg, adepte du recyclage. Mon « après » Greta Thunberg à moi consiste à réduire ma production de déchets. Étant femme, j’utilise bon nombre de produits cosmétiques que j’ai tendance à acheter sans compter, j’ai bon nombre de petits pots, de bouteilles de shampoings, de revitalisants, de produits pour faire boucler mes cheveux... Et tout cela me coûte évidemment plusieurs centaines de dollars par année. Côté vêtements, je ne fais pas d’excès. J’ai loin d’avoir une garde-robe minimaliste, mais je suis quand même raisonnable. Je n’ai qu’un manteau par saison, qu’une paire de bottes d’hiver, une paire de souliers pour le travail, une paire d’espadrilles pour le gym, une paire de bottes d’automnes, etc. Personnellement, mon problème, c’est les produits cosmétiques. Il ne faut pas avoir peur de s’autoévaluer pour prendre connaissance de ses failles. Je vais utiliser ce que j’ai présentement comme produits, et je vais vraiment m’efforcer dorénavant d’acheter uniquement ce dont j’ai vraiment besoin, ce qui ne sera pas un problème, car je connais déjà mes indispensables en matière de beauté.

Tout ceci pour dire que, devant l’importance de la cause défendue par Greta Thunberg, j’ai été choqué par ce gazouillis de Bernard Pivot, président de l’Académie Goncourt :



Ces propos sont tellement dégoûtants provenant d’un homme de lettres d’envergure! La France est un pays extraordinaire dont j’adore la littérature, mais il n’en demeure pas moins, pour je ne sais quelle raison, certains intellos, hommes, Français jusqu’à la moelle épinière, ont cette manie de se croire invincible et démontrent, quand on s’y attend le moins, un tempérament macho, sexiste voir parfois même misogyne, totalement dégueulasse.

En France, beaucoup de femmes sont victimes de harcèlement. Sans être belle, et surtout, pendant mes années d’études en France, je n’étais pas consommatrice de cosmétiques, je vivais avec le strict minimum et mon apparence comptait bien peu, et bien imaginez-vous donc que j’ai moi aussi subi du harcèlement en France. J'ai été prise comme un piège dans une situation extrêmement déplaisante. Je m’en suis sortie sans séquelles, n’ayez crainte, mais c’est quelque chose qui existe en France et en Europe, dans les vieux pays : la femme, à bien des égards, n’est pas bien considérée et il y existe du sexisme. Heureusement, cela n’existe pas de manière aussi effrontée au Canada. À Montréal ou ailleurs au Canada, je peux marcher tranquille. Ici, il est possible de vivre de manière très calme et j’aime cette tranquillité. Pour moi, un des nombreux dangers que représente l’immigration massive est que nous donnons l’occasion à des étrangers de briser notre bonheur de vivre, notre quiétude. Je n’habiterai jamais la France et je n’y retournerai probablement jamais plus, l’urgence climatique réclamant désormais ce sacrifice ultime.

La voix de Greta Thunberg commence tout juste à se faire entendre, tandis que celle de Bernard Pivot devrait être jetée aux oubliettes.

23 septembre 2019

Christian Prigent : écrivain narcissique ou poète de génie?

Lors de ces dernières semaines marquant la fin de l’été, j’ai eu la très bonne idée de passer mes dimanches après-midis à la Grande Bibliothèque de Montréal. Il y avait longtemps que je ne l’avais pas fréquentée. On y trouve une très belle collection d’ouvrages, très diversifiée, autant qu’au niveau des domaines abordés que des auteures et auteurs qui y sont représentés. J’y passe toujours des moments agréables.

Cet espace ouvert à tous offre la possibilité de lectures illimitées. Je ne sais si les Montréalaises et Montréalais d’origines réalisent leur chance, mais chez-moi, au Nouveau-Brunswick, à ma bibliothèque locale, j’étais souvent frustrée de ne pas retrouver sur le coup des auteur(e)s que j’aurais aimé lire ou relire. Bien sûr, j’aurais eu la possibilité de commander les ouvrages manquant aux rayons pour ensuite pouvoir les emprunter, mais à mes yeux, cela me retirait du plaisir de la spontanéité. Face à cette situation, je me résignais et j’empruntais d’autres livres. Cette situation, je suis certaine que tous lecteurs avisés habitant une petite ville ou un petit village y sont confrontés à un moment donné ou à un autre, dans leur vie de lecteurs. À Montréal, je n’éprouve pratiquement plus de sentiments de frustrations littéraires. À Montréal, je suis une lectrice comblée et complètement heureuse de me retrouver devant de sis nombreux rayons, avec de si nombreux ouvrages. La collection d’ouvrages littéraires est épatante et vaut assurément une petite fortune. Je n’ai pas les moyens d’acheter en librairie tous les livres dont il me tarde de faire la lecture. C’est une joie que de me retrouver à la Grande Bibliothèque, le dimanche après-midi.


Aujourd’hui, j’en suis ressortie, encore heureuse, avec quelques romans de Françoise Sagan, Violette Leduc et Nicolas Bouyssi, de même que deux œuvres de Christian Prigent qui s’apparentent selon moi plus au genre de la poésie que celui du roman : Le professeur et Une phrase pour ma mère.


J’ai découvert Christian Prigent au tournant des années 2000, c’était avant la période du « #MeToo ». J’étais alors étudiante en licence de lettres modernes à l’Université de Poitiers. Dans le cadre du cours des métiers du livre, nous avions la chance de rencontrer des auteurs français, et l’exercice se terminait par la tenue d’une rencontre à la Médiathèque de Poitiers. Nous avions la chance d’interviewer des écrivains devant public. Je crois qu’à l’époque le titre Le professeur de Prigent n’avait pas encore été publié. Par contre, je me souviens encore très bien d’avoir lu Une phrase pour ma mère. Ce recueil fut publié chez P.O.L en 1996. J’ai gardé pour ma part un bon souvenir de Christian Prigent, et c’est la raison pour laquelle j’ai pensé à lui plus tôt aujourd’hui. Je ne m’attendais pas à le retrouver dans les rayons de la Grande Bibliothèque de Montréal, mais on ne l’appelle pas la « Grande » Bibliothèque pour le rien, je vous en assure. La Grande Bibliothèque de Montréal mérite bien son titre de noblesse.

J’ai commencé la lecture du Professeur de Christian Prigent aujourd’hui, j’en ai lu les 17 premières pages. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un livre qu’on puisse lire rapidement d’un seul trait. J’ai pour ma part lu les 17 premières pages et je vais en faire une petite pause pour le moment. De prime abord, en voulant lire Le professeur, j’avais d’abord cru à un roman, dans lequel Prigent allait partager sa réalité de professeur de lycée… Or, c’était mal connaître l’homme. Je ne suis pas une spécialiste de Prigent. Je l’ai lu pour la toute première fois il y a plusieurs années déjà. Aujourd’hui marquait ma première entrée, depuis des années, presque deux décennies, dans son univers. C’est que ces derniers temps, j’ai eu le goût de me replonger dans mes anciennes et très nombreuses lectures. J’ai également voulu marquer le coup en rédigeant ce premier billet pour mon blogue littéraire. J’ai également un événement-surprise que je vais vous raconter en finale de cet article. Christian Prigent n’est en rien concerné ou peut-être je lui dois ce coup du hasard. J’ai souvent rêvé de croiser dans les rues de Montréal celle dont j’ai eu le privilège de croiser aujourd’hui.


Le professeur ressemble à mon avis de très près à Une phrase pour ma mère, par, évidemment, l’absence totale de ponctuation. Le professeur de Prigent fut publié en 2001, à des années lumières du mouvement « #MeToo ». Je ne sais si cet ouvrage aurait pu être publié aujourd’hui. La lecture des premières pages m’a littéralement choqué. J’ai eu l’impression de lire l’ouvrage d’un mec mentalement dérangé. Et je me suis demandé si Christian Prigent pouvait être un obsédé. J’ose espérer qu’il n’en est rien. Ce n’est pas pour le salir que j’écris ainsi mes premières impressions. De Poitiers, j’avais retenu l’image d’un intellectuel fin, gentil et accessible. J’aimais son discours. Ses réponses étaient intéressantes. Il nous avait donné une belle prestation lors de son interview. C’était définitivement un échange de qualité. Je ne m’attendais pas à lire ce que j’ai lu dans les premières pages du Professeur.


Cet ouvrage contient une postface dont le premier paragraphe, ponctué, ne se fait guère rassurant quant à la possibilité du fait vécu :


« Comme récit, Le professeur dit ce qui fut. Son écriture essaie de précipiter ce-qui-fut dans un phrasé enrobé où se dérobent les scènes que fixeraient des phrases. » (Christian Prigent, Le professeur, Postface, Al Dente, 2001, p. 145).

L’auteur poursuit, un paragraphe plus tard, avec ceci :


« Les corps et les ébats défilent, cependant. Il s’agit d’un texte pornographique. Cela ne me pose aucun problème moral. Mais pour qu’il y ait pornographie efficace, il faut l’illusion naturaliste : l’adéquation frontale des signes aux organes et imbrications d’organes. Si l’écriture trouble un peu cette croyance (en imposant la volubilité d’un rythme non naturel et en doublant les scènes de commentaires vaguement métapoétiques) — alors il s’agit sans doute d’autre choses. » (Christian Prigent, Le professeur, Postface, Al Dente, 2001, p. 145).

À noter que pour le passage de clôture « sans doute d’autre choses », autre est au singulier. Ou il aurait peut être fallu mettre son choses au singulier. Poursuivrons la lecture de ce postface poético-érotique :


« Le sexe est au cœur de ce que j’écris. Parce qu’il concentre la question du rapport (à l’autre, au monde) et des limites de la représentation. J’écris à partir des compromis misérables et irraisonnés que, comme tous, je passe avec les ruses du désir, la dictée des fantasmes, les rêves d’énamourement. J’ai écrit Le professeur à partir de ces leurres. Mais on ne peut exposer l’échouage du leurre qu’en mettant en scène le leurre : par exemple le fantasme de fusion des cœurs et des corps et l’implacable banalité des scènes pornographiques. » (Christian Prigent, Le professeur, Postface, Al Dente, 2001, p. 146).

Pour Prigent, je suis sans doute une lectrice misérable qui n’y comprend rien. Je suis une lectrice romantique. Lorsque je plonge dans la lecture d’une œuvre littéraire, même si je sais qu’il s’agit d’une œuvre de fiction, je pars à la recherche d’une certaine vérité provenant de l’auteur. Je pars inévitablement à la recherche du vrai qui s’y cache. Car chaque roman contient son once de vérité. C’est la raison pour laquelle j’ai interrompu la lecture de ce Professeur à sa dix-septième page.


L’auteur poursuit sa postface en confiant :


« Le professeur, dont à peu près personne n’a parlé, a trouvé des lecteurs. Je voudrais que ce soit pour de bonnes raisons. Le goût de la gaudriole hédoniste, le défi libertaire à l’ordre moral, la mode des confessions sans écriture, la curiosité pour les manies érotiques d’un auteur connu par ailleurs pour des poèmes abscons, des théories alambiquées et des fictions tragico-comiques — seraient de mauvaises raisons. Il n’est est qu’une bonne : l’inquiétude qui travaille ce livre. » (Christian Prigent, Le professeur, Postface, Al Dente, 2001, p. 146-147).


Personnellement, mon inquiétude réside en le fait qu’en lisant quelques pages du Professeur, j’ai eu l’impression de lire l’œuvre d’un homme aux prises avec de graves problèmes de santé sexuelle. J’ai été particulièrement surprise par cette phrase : « Le sexe est au cœur de ce que j’écris. ». Or, il y a près de deux décennies, lorsque j’ai lu Prigent, je n’avais pas l’impression de lire un homme qui était de si près lié avec sa sexualité. À la Médiathèque de Poitiers, c’est cette question que j’aurais dû demander à Christian Prigent : « Monsieur Prigent, avez-vous des déviances? ». En ce moment même , je ne connais pas la réponse à cette question. J’espère de tout cœur que Le Professeur ne soit rien d’autre qu’une œuvre dégoûtante de provocation. Et en ce moment même, je pense tout particulièrement à Mme Denise Bombardier, qui a eu le courage de dénoncer la passivité oisive d’écrivains français à la sexualité malade.


Je suis certes déçu par ma lecture du Professeur, qui avait pour mission de me relier à Christian Prigent, mais je suis prête à lui donner une seconde chance. Après tout, l’auteur d’Une phrase pour ma mère ne peut pas, n’est-ce pas, être sexuellement déviant? Je crois que je vais laisser de côté la lecture du Professeur afin de me consacrer à Une phrase pour ma mère. Je crois que je me porterai mieux ainsi. J’ai aussi comme projet de lecture son essai, À quoi bon encore des poètes?, paru en 1996.


Après avoir vomit les dix-sept premières pages du Professeur de Christian Prigent, je crois que ça résume ma très courte histoire avec cet ouvrage, je suis sortie de la Grande Bibliothèque par la sortie abritant le café bistro Le Parva dont je vous recommande le sandwich niçois, un peu cher, mais dont seul le pain réchauffé aux olives du sandwich vaut le détour. Dehors, j’ai découvert une vente de livres à 1 $ tenue par la Grande Bibliothèque. Une biographie de Marguerite Duras – à seulement 1 $! — m’a tenté, mais malheureusement, on ne pouvait payer que comptant. J’ai poursuivi ma promenade sur Saint-Denis. Je me suis alors dirigée vers le cinéma Cineplex, en espérant y voir le film Downton Abbey. C’est alors que j’ai eu le bonheur de croiser la récipiendaire du prix Goncourt 1979 : Antonine Maillet! Mon cœur a explosé de joie. J’habite Montréal depuis maintenant presque une décennie. Malgré toutes ces années, je n’ai jamais eu le bonheur de croiser Antonine Maillet. On aurait dit une petite poupée. Elle était accompagnée d’une dame, à qui elle donnait le bras pour marcher. À 90 ans passée, son pas est encore alerte. Lorsque je me suis retournée, je l’ai vu disparaître, j’ai voulu la suivre, mais trop tard, le prix Goncourt 1979 et son accompagnatrice avaient disparu. Pélagie-la-Charrette? Œuvre extraordinaire, bien sûr, mais mon roman préféré d’Antonine Maillet, c’est Les-Cordes-de-Bois, publié deux ans avant son sublime Pélagie-la-Charrette. J’aurais aimé lui dire à quel point j’ai aimé Les-Cordes-de-Bois., parce qu’on a dû déjà beaucoup lui parler de Pélagie-la-Charrette. J’aurais été sa lectrice originale.

Plus tôt cet été, j’ai acheté et lu son autobiographie, Clin d’œil au Temps qui passe, que je vous recommande fortement, si vous souhaitez mieux connaître et découvrir quelques secrets de l’auteur de La Sagouine. En Acadie, de mon point de vue, Antonine Maillet est ce que Victor Hugo est à la France. Alors vous comprendrez à quel point j’ai pu être surprise par cette rencontre improbable. Et je la dois à Christian Prigent. Si son Professeur m’avait plu, j’aurais passé tout mon après-midi à le lire à la Grande Bibliothèque, et je n’aurais jamais croisé, et pas par hasard, Antonine Maillet. Je ne crois pas aux hasards.

Autre vérité : je suis à peu près certaine qu’Antonine Maillet est allée voir avec son amie le film Downton Abbey. À mon arrivée au Cineplex, une projection avait lieu. J’ai pu y assister de justesse. Je peux donc me vanter d’avoir vu le même film qu’Antonine Maillet, dans la même salle, à défaut d’avoir eu le courage de l’aborder. 

Qui aurait pu deviner qu’un lien existait entre Christian Prigent et Antonine Maillet? Du moins ce lien existe pour moi.

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