20 novembre 2019

Antonine Maillet, invitée d’honneur au Salon du livre de Montréal

C’est aujourd’hui que s’ouvrait à la place Bonaventure la 42e édition du Salon du livre de Montréal.






Cette année, Antonine Maillet, aux côtés d’Enki Bilal, Fanny Britt, Jean-Paul Daoust, Tristan Demers, Andrée Poulin, Sheila Watt-Cloutier ainsi que de Webster, est invitée d’honneur au Salon du livre de Montréal. 



Maillet profite de son passage au Salon du livre de Montréal pour faire la promotion de son recueil d’anecdotes autobiographiques, Clin d’œil au temps qui passe, publié chez Leméac plus tôt cette année. En ce mercredi avait lieu la soirée d’ouverture du Salon du livre de Montréal à laquelle j’ai assisté. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, y a fait une apparition éclaire. Avant de donner son discours, Mme Plante a pris place aux côtés d’Antonine Maillet, avec qui elle a échangé quelques mots. Dans son discours, la mairesse de Montréal a eu l’amabilité de remercier Antonine Maillet pour son œuvre littéraire. Auteure acadienne originaire de Bouctouche, Antonine Maillet est établie à Montréal depuis maintenant plusieurs décennies. L’écrivaine n’est donc pas étrangère à Montréal. Une avenue en plein cœur du quartier d’Outremont porte même son nom, lavenue Antonine-Maillet.

À l’occasion de la soirée d’ouverture du Salon du livre de Montréal, le flamboyant poète Jean-Paul Daoust avait revêtu ses plus beaux habits. J’ai eu l’occasion de croiser à quelques reprises Daoust dans le cadre de manifestations acadiennes. Or, ce dernier n’est pas Acadien de souche, mais il est bien Acadien de cœur. Daoust était ami Gérald Leblanc, grand poète acadien. Ce soir, un autre grand ami des Acadiens et Acadiennes au Salon du livre de Montréal : Zachary Richard. La première fois que j’ai rencontré Zachary Richard, c’était lors du Salon du livre d’Edmundston, et cela doit maintenant faire près de 20 ans… Et 20 ans plus tard, pour notre plus grand bonheur, Zachary Richard est toujours là! Le prochain rendez-vous avec Zachary Richard au Salon du livre de Montréal aura lieu ce vendredi, de 18 h à 21 h, à l’occasion du lancement collectif des Écrits des Forges. Quant à Antonine Maillet, il sera difficile de la manquer, car elle sera présente au Salon du livre de Montréal pratiquement tous les jours, à l’exception de ce vendredi.

Lors de l’événement d’ouverture du Salon du livre, les invités d’honneur ont chacun lu un cours extrait de l’une de leur œuvre ou encore d’un ouvrage qui leur tenait à cœur. Antonine Maillet nous a fait le bonheur de lire un extrait de son œuvre autobiographique, Clin d’œil au temps qui passe. Demain, Antonine Maillet accordera un entretien à Simon Foster (17 h, à la Grande place).



L’entretien sera suivi d’une séance dédicace à l’espace Leméac. Aujourd’hui, le grand Michel Tremblay, que je n’ai pas osé approcher, s’y trouvait. Ne vous inquiétez pas, j’ai déjà pris les arrangements nécessaires au travail de manière à m’éclipser discrètement à 16 h 30 pile, de façon à ce que je puisse me rendre à la Place Bonaventure pour assister à l’entretien. J’en profiterai aussi pour faire dédicacer mon exemplaire de ce joyeux Clin d’œil au temps qui passe.

Outre Antonine Maillet, Enki Bilal, Fanny Britt, Jean-Paul Daoust, Tristan Demers, Andrée Poulin, Sheila Watt-Cloutier, Webster, Michel Tremblay et Zachary Richard, ce soir, j’ai croisé, au Salon du livre de Montréal : Dany Laferrière, de l’Académie française, de même que Christine Beaulieu, qui présentait J’aime Hydro, sa pièce de théâtre-documentaire.

Sur une autre note, j’ai complété plus tôt aujourd’hui la lecture du roman Le garde du cœur (Julliard, 1968) de Françoise Sagan, que j’ai vraiment adoré. Alors que je flânais sans but dans les allées du Salon du livre, un libraire m’a accosté en me demandant quel type de livres je cherchais. Je lui ai répondu que je faisais le tour du salon seulement, ce qui était vrai, mais en fait, je n’étais à la recherche de rien du tout. En ce moment, Françoise Sagan me nourrit suffisamment le cœur et l’âme. Prochaine lecture à l’horaire : Un chagrin de passage, de Sagan.

18 novembre 2019

Sur le bonheur très avoué de lire Françoise Sagan

Je poursuis sur ma belle lancée. J’ai récemment complété la lecture de quelques ouvrages : Sagan et fils (Stock, 2012) de Denis Westhoff que j’ai dévoré en l’espace d’une soirée, Les merveilleux nuages (René Julliard, 1961) de sa maman, et Hollywood (Leméac, 2012) de Marc Séguin. J’ai pratiquement terminé Avec mon meilleur souvenir (Gallimard, 1984) de Sagan, qui, jusqu’ici, j’ai absolument adoré tellement ce témoignage autobiographique déborde d’anecdotes croustillantes et amusantes, et j’ai lu les 65 premières pages de Le garde du cœur (René Julliard, 1968). À Montréal, l’automne a laissé place abruptement à l’hiver, sans plus d’avertissement. J’aime le temps froid et sec. Je trouve délicieux de me retrouver chez-moi, avec un bon livre à la main, alors que dehors, les premiers flocons s’agitent, le froid, si glacial, devient percutant et nous confine à l’intérieure.

L’ordre de mes lectures est assez disparate, mais j’avais à cœur de continuer la lecture des œuvres de Françoise Sagan car elle a une très belle écriture. Jusqu’à présent, dans ma vie secrète de lectrice, j’avais très peu lu Sagan. Je crois n’avoir lu que son fameux Bonjour tristesse, et c’est tout, ce qui est très malheureux. Françoise Sagan a laissé derrière elle une très belle œuvre littéraire. J’adore tout simplement ses romans. Depuis les derniers mois, c’est certainement la lecture des œuvres de Sagan qui m’a de loin donné le plus de satisfaction. Chez-moi, la lecture des romans de Françoise Sagan est très satisfaisante, cela me fait un bien fou de la lire et de la découvrir. Mon intrusion dans son univers littéraire m’offre les possibilités d’une belle évasion dont j’avais réellement besoin.

Les romans de Françoise Sagan se lisent comme du bonbon. Ils font habituellement dans les 200 pages ou moins, ce qui est parfait pour moi. Je n’aime pas les œuvres trop volumineuses. J’aime entrevoir une fin au torrent au bout de quelques heures de lecture. J’ai aussi adoré les souvenirs rapportés par Denis Westhoff de sa mère, dans Sagan et fils (Stock, 2012). Westhoff ne se dit pas écrivain, mais j’ai la même facilité à le lire. Bien que j’imagine que son texte ait été remanié par ses éditeurs, pour moi, c’est très clair, Denis Westhoff a hérité du talent d’écriture de sa mère. Son Sagan et fils est des plus captivants. Je vous le rappelle, j’ai lu Sagan et fils en l’espace seulement d’une soirée. J’arrive à lire très rapidement les belles œuvres, celles qui sont bien rédigées et qui m’emportent dans un précipice jusqu’à ce que j’atteigne enfin la dernière page.

Je suis heureuse d’avoir lu presque en même temps Avec mon meilleur souvenir (Gallimard, 1984) de Françoise mère. J’y ai découvert plusieurs éléments autobiographiques sur Sagan, et la lecture de Sagan et fils m’en a fait connaître d’autres, par exemple la relation cachée qu’entretenait Sagan avec Peggy Roche. Bien sûr, dans Sagan et fils, Françoise prend une place importante, mais Denis Westhoff eut la douceur de nous parler de son père. J’ai trouvé que le tout avait été bien calibré. Évidemment, lorsqu’on est une admiratrice, on cherche évidemment à tout savoir. Pendant un instant, en visualisant diverses photos de Françoise Sagan et de son fils sur Internet, je me suis mise à réfléchir, à penser comment cela doit être que de tout exposer ainsi au public. Car ces photos que je regarde, elles ne sont plus l’ordre du privé, elles ont fait le tour du monde. Ce qui reste maintenant de cette relation mère-fils, c’est ce que Denis Westhoff a bien voulu partager aux nombreux lecteurs de sa mère, ce qui fait de nous des lecteurs hautement privilégiés.

Outre Françoise Sagan, j’ai récemment lu Marc Séguin. Son Hollywood est bien, mais j’ai de loin préféré son roman Nord Alice, que je vous recommande fortement.

10 novembre 2019

Voyage au bout du Grand Nord québécois avec Nord Alice, de Marc Séguin


Lors de mes vacances du mois de novembre, à l’occasion de l’Action de grâce, j’ai lu un très beau roman de Marc Séguin, Nord Alice, publié en 2015 chez Leméac. À la veille de mon départ pour le Nouveau-Brunswick, je m’étais rendue à la librairie Chapters Indigo, qui est située à proximité de mon lieu de travail. J’espérais y faire quelques trouvailles qui allaient rendre plus agréable mon interminable voyage de nuit en autobus. Je traîne souvent à la succursale située en plein centre-ville, sur la rue Sainte-Catherine. J’ai même eu la chance d’y apercevoir un jour le grand couturier Denis Gagnon. La section francophone étant située tout au fond de la librairie, je m’y rendis avec hâte, prête à acheter tous romans pouvant susciter chez-moi un désir de lecture. 

C’est ainsi que je vis, sur une table, Nord Alice, de Marc Séguin. Ce livre a tout de suite piqué mon intérêt. Je connaissais déjà Marc Séguin, le peintre, mais pas Marc Séguin, l’auteur. Aujourd’hui, en regardant la couverture du roman Nord Alice, je comprends maintenant la signification de son illustration, totalement en lien avec le roman, qui est fort à parier de Marc Séguin lui-même. Ne comptez pas sur moi pour vous en dévoiler le secret, mais je peux du moins vous dire que j’y vois un lien évident avec l’attaque d’un ours polaire qui s’en prit à une jeune femme inuite médecin, mais qui fort heureusement, survécut à ses blessures.

J’aime la littéraire et l’art en général, oui, mais j’ai quelque peu de difficultés avec l’art moderne, que j’apprécie un peu moins, voire pas du tout. Je dois dire que ce que je connaissais jusque-là de Marc Séguin, ses peintures-illustrations, me laissait indifférente. Et ce, malgré son succès retentissant, tant ici, au Québec, qu’aux États-Unis et qu’ailleurs dans le monde. Mais ça, c’était avant que je ne fasse connaissance de Marc Séguin, l’écrivain. Car quel écrivain! Je dois dire que j’ai fait une très belle découverte. Je ne peux que vous recommander la lecture de Nord Alice, que j’ai lus entre deux journées de chasse à la perdrix dans les contrées profondes de mon pays acadien... Maintenant que j’ai découvert Marc Séguin l’écrivain, j’apprécie maintenant d’autant mieux Marc Séguin, le peintre. Je suis en pleine lecture d’un autre de ses romans, Hollywood, que je devrais être en mesure de compléter sous peu. Fort heureusement, il me restera ensuite deux autres romans de Marc Séguin à lire : Les repentirs et La foi du braconnier. Et aussi un recueil de poésie, un documentaire, et même, accrochez-vous bien, un film.

Ce fabuleux roman de Marc Séguin, Nord Alice, parut chez Leméac en 2015. Je ne vous annonce, sans grande surprise, que l’action de Nord Alice se déroule dans le Grand Nord québécois, et plus précisément à Kuujjuaq. J’ai vraiment adoré ce roman bien étoffé de Séguin qui fourmille de détails et de belles images qui nous font littéralement voyager dans cet univers grandiose que l’on connaît fort peu et fort mal : le Grand Nord québécois. Le héros du roman est médecin urgentiste dans le seul établissement hospitalier que compte cette région. En raison de son statut social important au village, il est invité à des parties de chasse et à des excursions, dont l’une se terminera particulièrement mal. Sous la plume de Séguin, ses lecteurs ont la chance de faire un voyage extraordinaire en des contrées sauvages et inhospitalières. La lecture de ces aventures offre de merveilleuses images, par exemple lorsque le protagoniste se promène en hélicoptère. J’arrive sans mal à imaginer toute l’étendue d’un horizon sans fin. L’écriture de Marc Séguin est très puissante. Je suis pour ma part une lectrice totalement conquise.

Avec Nord Alice, nous faisons donc ici l’expérience du Grand Nord sur la trame d’une histoire d’amour, mais pas seulement. Car Marc Séguin aurait pu s’en tenir à une histoire, celle d’un médecin, tombé amoureux d’une jeune femme inuite, Alice, elle aussi médecin, lors de ses études, mais le roman aurait été beaucoup moins intéressant. On plonge dans des tranches de vie intergénérationnelles afin d’apprendre que d’une époque à une autre, ces hommes issus de la même famille ont tous tué, dans l’espoir de réparer certaines injustices de la vie. J’en suis certaine, la lecture de Nord Alice saura vous conquérir. Ce beau roman paru donc chez Leméac en 2015. Du côté de sa production artistique, à peu près au même moment, entre 2016 et 2017, Marc Séguin présenta une série d’œuvres inspirées du Grand Nord, une série de tableaux intitulés « Paysages nordiques », d’une très grande pureté. Marc Séguin a su transposer la beauté des paysages nordiques tant du côté du roman que dans ses toiles minimalistes, au blanc exagéré et aux détails allégés, neutres, sensibles, simples et élégants.

3 novembre 2019

Les Quatre Coins du cœur: ma lecture de ce roman inédit de Françoise Sagan

J’ai complété plus tôt aujourd’hui la lecture de deux romans de Françoise Sagan : Dans un mois, dans un an et son roman inédit, Les Quatre Coins du cœur. J’avais fait l’achat du roman inédit de Françoise Sagan à mon retour de vacances, il y a déjà 3 semaines passées. Aujourd’hui, j’ai d’abord complété la lecture de Dans un mois, dans un an, pour ensuite me replonger dans la lecture des Quatre Coins du cœur. Je dis bien « replongé », car aussitôt le livre entre mes mains, je commençais à le lire. De Montréal, je dois dire que j’ai dû patienter des semaines avant que Les Quatre Coins du cœur ne soit enfin disponible en librairie. En achetant le livre, je voulais d’abord me faire plaisir, mais je voulais surtout encourager la succession de Françoise Sagan. J’avais été touché d’apprendre toutes les difficultés rencontrées par Denis Westhoff. En acceptant l’héritage de sa mère, il devait par le fait même s’acquitter de lourdes dettes.

Avant aujourd’hui, j’avais donc déjà entamé la lecture de ce beau roman, mais ma lecture de départ avait été entachée par ce que j’avais appris quant à cette œuvre inédite de Françoise Sagan. La préface d’introduction aux Quatre Coins du cœur, écrite par le fils de Françoise Sagan, Denis Westhoff, y était pour quelque chose. C’est que dans sa préface, Westhoff décrit les circonstances entourant la découverte de deux manuscrits constituant le roman. Certes, la préface de Westhoff est intéressante, mais j’aurais aimé une présentation plus étoffée. La publication de ce roman est des plus mystérieuses. Je peine à comprendre s’il s’agit là d’un roman entièrement écrit par la plume de Sagan, ou s’il s’agit d’une reconstitution de ce qui aurait pu être le roman, si publication il y aurait eu à l’époque de Sagan.

Dans sa préface Quatre Coins du cœur, Denis Westhoff explique que les deux volumes constituant Les Quatre Coins du cœur étaient dans un « état d’inachèvement » (Denis Westhoff, Préface de Les Quatre Coins du cœur, p. 10). Par ailleurs, Westhoff ne s’en cache pas, les deux manuscrits qu’il a retrouvés sont incomplets.

« L’idée d’une réécriture du roman par un auteur contemporain qui serait à la hauteur de la tâche nous effleura, Jean-Marc [il est question ici de Jean-Marc Roberts de la maison Stock] et moi. Mais le manuscrit, privé de certains mots, parfois même de passages entiers, souffrait de telles incohérences que ce projet fut vite abandonné. » (Denis Westhoff, Préface de Les Quatre Coins du cœur, p.11). Denis Westhoff entreprit donc la réécriture du livre : « Plusieurs voix me laissaient entendre que j’étais le seul à pouvoir réécrire le livre, et que ce roman devait nécessairement être publié, quel que fût son état, parce qu’il apportait une pièce certes imparfaite dans l’œuvre, néanmoins essentielle. » (Denis Westhoff, Préface de Les Quatre Coins du cœur, p.11).

Suivant la lecture de la préface de Denis Westhoff, j’ai commencé la lecture du premier chapitre du roman, mais mon cœur de lectrice n’était pas complètement ouvert, je doutais de la pertinence de la lecture de ce roman inédit de Sagan. Je ne savais pas si c’était là du Françoise Sagan ou du Denis Westhoff que je lisais. Qui était donc l’auteur, de ce « de », de ce « la ». Et cette virgule, ce point… Était-ce l’œuvre de Sagan ou de Westhoff? J’étais totalement intriguée et mon étonnement m’enlevait toute concentration. Je jugeais de chaque mot. Et lorsque que je vis l’utilisation de parenthèses, je me suis dit qu’il devait s’agit de parenthèses véritablement utilisées par Françoise Sagan elle-même, car les parenthèses pouvaient certainement ajouter des traits explicatifs à une scène, en sachant que les deux manuscrits constituant Les Quatre coins du cœur étaient, au départ, un scénario de film qui ne s’est jamais concrétisé. La lecture de chaque caractère de ce roman inédit se présentait à moi comme une véritable torture. Je tentais désespérément de répartir le vrai Sagan du faux.

Et pour alourdir mon malheur, j’entrepris la lecture des critiques de Les Quatre Coins du cœur. J’ai lu tout ce que j’ai pu lire sur Internet. Certaines critiques sont fracassantes, dont celle un auteur à succès pourtant, mais que je n’ai jamais lu, Frédéric Beigbeder. La lecture de la préface de Denis Westhoff, ainsi que des critiques, bonnes ou mauvaises, de ce roman inédit, sont venues détruire mon plaisir de lectrice. Or, j’entrepris de me rattraper en lisant quelques romans connus de Françoise Sagan : Un certain sourire; Aimez-vous Brahms…, Dans un mois, dans un an. Mon objectif était de me replonger dans son univers littéraire, afin de mieux apprécier ma lecture prochaine de Les Quatre Coins du cœur. Je voulais rendre ma lecture de Les Quatre Coins du cœur crédible. Je voulais être en mesure de ressentir l’écrivaine. C’est ainsi que tout de suite après avoir lu Dans un mois, dans un an, j’entrepris, dans un bonheur immense, la lecture de Les Quatre Coins du cœur. C’était une histoire entre moi et Françoise Sagan. Il n’y avait plus l’ombre de son fils, ni l'écho d'horribles critiques, dans le portrait.

J’ai pour ma part adoré Les Quatre Coins du cœur. La lecture de ce roman m’a très vite conquise. J’ai dévoré les 202 pages en un seul après-midi, en cette journée de dimanche. Je n’ai pas décelé de décalage de ton. Du début à la fin, la voix de Denis Westhoff ne se ressent pas. Bien qu’on sait qu’il a dû se prêter au jeu d’écrivain afin d’écrire certains passages manquants, c’est Françoise Sagan qu’on lit à travers ces pages, et ce, jusqu’à la toute fin. J’aime les fins ouvertes qu’offre Sagan à chacun de ses romans.

Je suis très heureuse d’avoir fait l’achat des Quatre Coins du cœur, je ne le regrette pas. Heureusement, j’ai encore bien d’autres œuvres de Françoise Sagan à découvrir. Je n’en ai lu que quatre jusqu’à présent, pour ne pas dire cinq, car j’ai lu Bonjour tristesse il y a fort longtemps. Jusqu’ici, la lecture de ses romans m’apporte beaucoup de satisfaction. Lire du Sagan, c’est vraiment un pur bonheur. Bravo à Denis Westhoff pour son courage et sa persévérance. Lisez Les Quatre Coins du cœur avec un cœur vierge de tous jugements. Vous verrez, vous serez très vie transporté dans un nouvel univers saganesque.


Critique de Les Quatre Coins du cœur ailleurs sur le Web :

La Grande Parade

Le Monde

L’Express

Télérama

RTL

20 Minutes

Paris Match

Grazia

La Presse

L’Écho républicain

France Inter

27 octobre 2019

La Détresse et l’Enchantement avec Marie-Thérèse Fortin au Théâtre du Nouveau Monde : à voir absolument!

Je suis revenue de quelques jours de vacances plus tôt cette semaine. Pendant mes vacances, j’ai pu compléter la lecture de quelques romans : Pélagie-la-Charrette d’Antonine Maillet, Nord Alice de Marc Séguin et La vie devant soi de Romain Gary. J’y reviendrai dans un prochain billet. Avant de quitter Montréal pour quelques jours, je m’étais fait un cadeau, un achat compulsif : une entrée pour l’adaptation au théâtre de l’autobiographie La Détresse et l’Enchantement de Gabrielle Roy. Et je n’ai pas fait les choses à moitié, j’avais opté pour une place au niveau Parterre, section Or, histoire de ne rien manquer de la très grande Marie-Thérèse Fortin.

Il faut dire que La Détresse et l’Enchantement roule sa bosse au théâtre depuis un certain temps déjà. À l’époque, j’avais amèrement regretté de ne pas avoir assisté à l’une de ses représentations, parce que j’adore Gabrielle Roy. Or, c’est maintenant chose faite! 

Je me suis rendue aujourd’hui en après-midi au Théâtre du Nouveau Monde afin d’assister à la représentation. C’était ma première fois au TNM. J’ai trouvé le lieu vraiment très élégant, avec un beau bar à son entrée. De belles affiches mettent en valeur les pièces à venir. Ceci étant dit, je n’ai rien à cacher, de façon générale, je ne suis pas une grande passionnée de théâtre. Le théâtre me laisse plutôt indifférente. Je préfère de loin me plonger dans la lecture de romans, me laisser envahir par mes propres images plutôt que de me les laisser imposer des règles scénarisations et un jeu précis d’acteurs pour ainsi me faire imposer un imaginaire qui n’est pas le mien.

Avant d’assister à La Détresse et l’Enchantement au Théâtre du Nouveau Monde, la seule pièce de théâtre auquel j’ai assisté, c’était il y a quelques années déjà. En bonne Acadienne que je suis, je m’étais déplacée au Théâtre du Rideau Vert du Plateau Mont-Royal pour y voir La Sagouine, merveilleusement bien jouée par Viola Léger. Et là encore, je n’ai pas eu de regrets. Je crois que ce fut d’ailleurs la dernière fois que La Sagouine fut interprétée par Viola Léger à Montréal. Donc chaque événement théâtral auquel je choisis d’assister en vaut toujours la peine, du moins, pour ces deux-là.

Aujourd’hui fut une journée froide et pluvieuse à Montréal, mais La Détresse et l’Enchantement a eu pour effet d’amener un peu de soleil dans ma journée. Je ne savais pas à quoi m’attendre, sinon à un monologue directement inspiré de l’autobiographie de Gabrielle Roy. Mais le problème en étant un d’envergure : est-il possible de bien adapter une autobiographie au théâtre? La réponse est oui. Marie-Thérèse Fortin et Olivier Kemeid signent le montage dramaturgique. J’ai bien aimé la sélection des tranches de vie qu’ils ont choisi de représenter. Le tableau illustrant le décès du père de Gabrielle Roy était particulièrement touchant, tandis que celui mettant en lumière sa vie d’institutrice a su faire rire le public présent dans la salle.

Seule sur scène, Marie-Thérèse Fortin offre une très belle performance. Il faut dire que tout repose sur ses épaules, sans entracte. Son monologue est pigmenté d’anecdotes croustillantes. Outre la voix de Gabrielle Roy, Marie-Thérèse interprète aussi, à différents moments celle de plusieurs protagonistes, dont celle de la mère de l’écrivaine. Marie-Thérèse Fortin y va à fond. Grâce à cette adaptation théâtrale de La Détresse et l’Enchantement, j’ai fait un beau voyage dans plusieurs moments charnières de la vie de Gabrielle Roy. Le tout est livré avec justesse. J’ai particulièrement aimé les moments au cours desquels, à travers ses voyages en France et en Angleterre, Gabrielle cherche sa vocation. Arrivant au bout de ses économies et la Deuxième Guerre mondiale étant sur le point d’éclater, Gabrielle revient au pays. Elle s’installe à Montréal, elle n’a pas les sous qu’il faut pour retourner au Manitoba. Sa vocation d’écrivain lui est révélée lors d’un périple tourmenté par le mauvais temps dans le nord du Québec. Avec beaucoup de grâce, c’est sur cette belle image que nous laisse Marie-Thérèse Fortin. Une écrivaine est née. J’ai trouvé cette fin admirable, j’en avais les larmes aux yeux.

À nous maintenant, lecteurs et lectrices, d’apprécier l’œuvre de Gabrielle Roy à sa juste valeur et de la lire et de la relire…

11 octobre 2019

Gagnez un exemplaire autographié du roman Ru de Kim Thúy!


En cette soirée du mercredi 9 octobre, la Grande Bibliothèque de Montréal accueillait à bras ouverts une de ses concitoyennes d’exception, l’écrivaine Kim Thúy. Il y avait foule. Pour ma part, afin d’assister à l’événement, j’avais quitté mon lieu de travail à 17 heures pile, en prenant soin d’emporter avec moi les trois ouvrages de Kim Thúy dont j’avais fait l’achat la journée même à l’Indigo de la rue Sainte-Catherine : Ru, Mãn et Vi. Je vous réserve d’ailleurs une belle surprise. Afin de la découvrir, il faudra lire ce billet dans son intégralité!

Je pense que le Québec tout entier connaît Kim Thúy. Personnellement, je connais Kim Thúy plus à titre de personnalité publique qu’en tant qu’auteure. Il faut vivre bien caché sous une roche pour ne pas la connaître. Bien que le français ne soit pas sa langue maternelle, Thúy s’exprime avec aisance. Elle est drôle, attachante, gentille. On pourrait aisément l’écouter parler pendant des heures sans se fatiguer. Aller à la rencontre de Kim Thúy, c’est aller à la rencontre d’une écrivaine débordante de vitalité. Elle dégage une énergie communicatrice qui en fait une oratrice hors pair.

Comme à peu près tout le monde au Québec, je connaissais Kim Thúy, c’est-à-dire que je connaissais déjà son histoire, ses origines, les circonstances de sa venue au Canada, etc. J’ai également vu par le passé un très beau reportage portant sur son retour au Vietnam. Kim Thúy est Montréalaise d’adoption. La figure publique m’est donc familière, mais je ne connais pas Kim Thúy en tant qu’écrivaine. Je n’ai jamais lu ses œuvres, et ce, bien qu’elle soit une grande vedette de l’édition. Personnellement, j’ai dû mal à lire ces auteurs qui sont lus par monsieur et madame tout le monde. Les phénomènes littéraires du moment m’excitent et me tentent peu. Par exemple, je n’ai jamais lu les Alexandre Jardin, Frédéric Beigbeder, Éric-Emmanuel Schmitt, et encore moins les Virginie Despentes de ce monde. Pour moi, l’essence même de la littérature française ne se retrouve pas dans cette littérature dite populaire. J’aurais l’impression de perdre mon temps en lisant ces ouvrages. Or, je vais déroger à ma règle en ce qui concerne Kim Thúy, car il serait dommage, après avoir vécu cette rencontre d’exception, que de m’en tenir uniquement qu’à la personnalité publique.

Lors de cette soirée, Jean-Louis Roy, le président-directeur général de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, a présenté Kim Thúy comme étant un être humain exceptionnel qui a eu plusieurs vies, de son départ du Vietnam parmi les « boat people », sa vie de réfugiée en Malaisie avec sa famille, jusqu’à son arrivée au Canada, à l’âge de 10 ans. Elle apprit à parler français à Granby, ville qu’elle qualifie de paradis terrestre. Plus tard, Kim Thúy fréquenta l’Université de Montréal, où elle suivra un double cursus en traduction et en droit. Elle devint avocate. Dans le cadre de ses activités professionnelles, un mandat lui fut assigné à Saigon, au Vietnam, ce qui lui permit de renouer avec ses origines. Et ce fut là le début de tout, c’est ce qui amena doucement Kim Thúy à l’écriture. Avant de devenir écrivaine, Thúy fit fait une incursion dans l’univers de la restauration. Son établissement avait la cote auprès des critiques et du grand public, mais ses activités n’étaient pas rentables. Il semblerait que l’écrivaine ait toujours des dettes en lien avec son passé de restauratrice.

On ressent fortement la puissance artistique et Kim Thúy. Volubile et boute-en-train, lorsqu’elle s’exprime et s’adresse à nous, elle se donne toute entière. Son auditoire à accès à toute sa personne. Son esprit est libre, brillant. Lors de cette rencontre, Kim Thúy s’est livrée à nous en toute transparence. C’est quelque chose qui me plaît beaucoup chez elle, son authenticité. Ce que je recherche habituellement en lisant un livre, c’est l’accès exclusif à des fibres de vie de l’auteur. Je veux entrer en contact à leur vérité. Sans l’avoir encore lu, je crois que l’œuvre de Kim Thúy devrait être assez puissante pour m’exposer à sa vérité. Elle devrait me plaire. Lors de cette rencontre, Kim Thúy avait beaucoup à nous dire et à partager. Le public présent à l’auditorium de la Grande Bibliothèque de Montréal était invité à lui poser ses questions. Nous avons eu droit à une foule d’anecdotes aussi intéressantes les unes que les autres, dont l’histoire de sa fameuse gaine.

Kim Thúy est une humoriste dans l’âme. Impossible de ne pas rire de bon cœur en écoutant ses histoires abracadabrantes. Finaliste au très prestigieux prix Giller, Kim Thúy devait se rendre à Toronto en avion, mais en raison du mauvais temps, elle dut se résoudre à prendre le train. Étant à la dernière minute, un ami couturier lui prêta une robe qui s’ajustait mal à sa petite taille. Il lui était pratiquement impossible de fermer la fermeture éclair de sa robe. En dernier recours, elle fit l’achat d’une gaine, qu’elle enfila à l’envers et eu pour effet de lui créer un gros ventre… Elle peina à attacher sa robe et eut son moment « wardrobe malfunction » en direct à la télévision…

Mis à part son côté bouffon, Kim Thúy est dotée d’une sensibilité d’artiste et est capable de sérieux. À une jeune personne lui demandant si l’indignation était un moteur à son écriture, Kim a donné une réponse très intéressante, en disant qu’elle s’indigne souvent, et que l’avantage d’être Vietnamien, c’est que ce peuple est plus vicieux, sournois. Les Vietnamiens s’indignent, mais personne ne sait lorsqu’ils s’indignent, mais lorsque cela arrive…  Plus sérieusement, l’écrivaine est d’avis qu’il faut s’indigner, mais qu’il y a plusieurs façons de s’indigner. Il y a plusieurs véhiculent, il n’y en a pas de bons ou de mauvais. Le véhicule d’indignation qui est le plus confortable pour Kim Thúy, de même que le plus efficace selon elle, c’est la beauté.

Ok Mme Thúy, vous m’avez perdu pendant quelques secondes! Poursuivons...

La beauté est le meilleur véhicule pour tout, pour s’indigner, pour se fâcher. Pour illustrer ses dires, l’écrivaine nous a présenté deux exemples, dont celui de la guerre du Vietnam. La guerre du Vietnam fut la première guerre visuelle. Il y avait beaucoup de photos. Les images arrivaient dans la télé, presque en direct. Il y a une photo qui est célèbre et qui a fait changer la vision de la guerre du Vietnam à travers le monde entier. C’est celle de la petite fille qui courait au milieu de tout. Et pourquoi? Parce que cette photo était parfaite, elle était parfaitement cadrée. La petite fille était presque en symétrie, et elle était la seule à être complètement dénudée. Donc la première vision que l’on a, on ne sait pas encore exactement de quoi il est question. On constate seulement qu’il s’agit d’une très belle photo. Et parce que nous avons été attirés par la beauté de la chose, nous sommes entrés dans la photo, et là, on voit le contenu, mais c’est trop tard. On ne peut plus reculer, on est déjà dedans. Il est trop tard.

Plus récemment, avec l’immigrant syrien, la photo qui a fait basculer, si on veut, c’est le petit Aylan sur la plage, avec ce t-shirt rouge, cet enfant qui semblait dormir sur la plage. On regarde et on se dit, mais c’est une belle photo. D’abord et avant tout, c’est une belle photo. Et là, oups, on a réalisé c’était quoi… Le lendemain, il y avait d’autres photos, avec un cadrage beaucoup plus large où on voyait la garde côtière, les bateaux et tout cela, mais on ne s’en souvient pas, parce que ces photos étaient moins belles. Selon Kim Thúy, la beauté réussit à véhiculer tous les messages, et ce, parce que nous avons tous vécu la beauté, à un moment ou à un autre, que ce soit une fleur, une gorgée d’eau, ou peu importe, mais nous avons tous vécu la beauté. Dans ce cas-là, nous pouvons être touchés, nous pouvons être interpellés. Nous n’avons pas tous la chance de vivre l’horreur.

Kim Thúy avait donc de très belles choses à nous dire. Ses propos, comme vous pouvez en déduire, étaient très intelligents. Il s’en dégageait une belle fraîcheur qui avait dont de captiver son public, dont moi-même. Ce fut donc une soirée fort animée. La rencontre se clôtura avec une séance de signatures. J’offre à mes lecteurs la chance de gagner un exemplaire autographié par Kim Thúy elle-même de Ru, son tout premier roman. Lors de la signature, je lui ai confié que je ne l’avais jamais lu. Elle m’a conseillé de commencer par Ru. Pour Ru, comme je le fais tirer au sort, je ne lui ai pas demandé de dédicace, je lui ai dit qu’il allait être offert en cadeau… Quant à mes exemplaires de Mãn et Vi, je lui ai demandé une dédicace à mon nom. Ce quoi elle a répondu que si je ne les aimais pas, qu’elle avait entendu dire que ses livres brûlaient bien dans des feux de foyer. J’ai essayé de la rassurer en lui disant que ses livres allaient sûrement me plaire. Évidemment, les fous rires étaient au rendez-vous.

La voici à l’œuvre :



Le prochain grand rendez-vous littéraire à la Grande Bibliothèque de Montréal aura lieu avec Michel Marc Bouchard en novembre prochain, c’est à ne pas manquer.

Afin de courir la chance de gagner cet exemplaire autographiée par Kim Thúy de Ru, c’est très simple.


Il suffit de me suivre sur Facebook ici. Le tirage aura lieu le 2 novembre.

Bonne chance :-)



6 octobre 2019

Quelques lectures : Un certain sourire de Françoise Sagan, L’asphyxie de Violette Leduc et Chambre d’hôtel de Colette

Pour la semaine qui vient de se terminer en ce dimanche gris à Montréal, j’ai réussi à clore quelques-unes de mes lectures dites « secrètes » : Un certain sourire de Françoise Sagan, L’asphyxie de Violette Leduc et Chambre d’hôtel, un recueil de deux nouvelles de Colette que j’ai tout simplement adoré. J’étais heureuse de pouvoir compléter ces lectures. Mon meilleur truc de lecture, c’est de toujours avoir un livre avec moi, que je laisse dans mon sac à mains, peu importe où je vais, l’ouvrage ne me lâche pas. Ainsi, j’arrive à avancer à bons pas dans mes projets de lecture. Cela fait réellement une différence que de lire en mes temps de pauses et heures de lunch au travail. Quotidiennement, j’arrive à lire au minimum près de 2 heures par jour, sans compter mon temps de lecture au lit, tout juste avant de m’endormir le soir. Présentement, ma lecture du moment est L’affamée, de Violette Leduc. Cette lecture est un vrai régal. J’adore le style enflammé de ce roman de Violette Leduc, que j’imagine sans mal être autobiographique. J’avais également entrepris la lecture de La vieille fille et le mort (Gallimard, 1958), mais après quelques pages, je n’étais pas emballée, alors j’ai décidé de ne pas poursuivre plus longuement la lecture de ce petit roman (97 pages). J’ai eu exactement le même problème avec le roman Entre la vie et la mort (Gallimard, 1968), de Nathalie Sarraute, qui n’a pas su éveiller mon intérêt.

Il y a quelques semaines déjà, vu un film sur ICI ARTV j’ai visionné un film sur la vie de Violette Leduc, c’est ce qui m’a fait retourner à ses livres. Emmanuelle Devos est sensationnelle dans le rôle de Leduc. Sandrine Kiberlain offre une très belle performance dans le rôle de Simone de Beauvoir, très touchante. Dans ce film sur la vie de Violette Leduc, Violette du réalisateur Martin Provost, l’interprétation qui m’a le plus plu est celle de Jacques Bonnaffé, dans le rôle de Jean Genet. On y découvre un Jean Genet sympathique, doté d’une très grande humanité. Jacques Bonnaffé est plus que parfait. Il était né pour incarner ce rôle. J’ai vraiment eu l’impression d’entrer en contact avec le véritable Jean Genet. Par la même occasion, j’ai eu envie de relire Jean Genet, et bien sûr, d’en connaître davantage sur le fabuleux acteur l’ayant incarné avec tant de grâce. Le charisme de Bonnaffé au grand écran a su opérer. Quelque part, je me demande si ce n’est pas plutôt la personne de Jacques Bonnaffé dont je serai « secrètement » éprise… Je suis une grande sentimentale, avec moi, tout est possible, absolument rien n’est impossible.

Comme à peu près tout lecteur qui se respecte, j’ai lu, mais il y a déjà longtemps, La bâtarde de Violette Leduc. Par contre, je n’avais jamais vraiment lu, me semble-t-il, ses autres œuvres. L’asphyxie relate de l’enfance, trop souvent malheureuse, de Violette Leduc. Violette Leduc avait (comme moi) Simone de Beauvoir en adoration complète et totale. Simone de Beauvoir poussa Violette Leduc à l’écriture. Dans ce très beau film sur la vie de l’auteure de La bâtarde, on constate assez vite que Leduc était une personne difficile, qu’elle souffrait énormément du manque de reconnaissance à ses débuts littéraires, et surtout, que le fait d’être née « bâtarde », sans identité paternelle, semble avoir conditionné toute sa vie, comme une complainte. Or, le succès littéraire arriva et grâce à lui, Violette Leduc eut finalement le dessus sur cette enfance malheureuse.

Pour ma part, j’ai quelques jours de vacances qui approchent très bientôt, et je veux en profiter pour relire une œuvre magistrale, vous devrez sortir vos mouchoirs pour en arriver à bout, je vous le dis : Pélagie-la-Charrette d’Antonine Maillet. Je l’ai déjà expliqué dans un précédent billet, le choix de Pélagie-la-Charrette comme lecture de vacances n’est pas anodin, car c’est à l’automne de l’année 1979 que Pélagie-la-Charrette remporta le très prestigieux prix Goncourt, sous la présidence d’Hervé Bazin. Donc en cette année 2019, nous célébrons le 40e anniversaire de l’obtention du prix Goncourt par Antonine Maillet. En plus d’avoir obtenu le prix Goncourt, Antonine Maillet fut la première lauréate hors Europe à remporter l’ultime récompense. J’ai très hâte de me replonger dans Pélagie-la-Charrette.

Quant à Un certain sourire, je n’avais pas prévu me replonger dans les œuvres de Françoise Sagan de sitôt. Or, suite à l’annonce de la parution récente de son roman posthume, Les quatre coins du cœur, je me suis dit, quelle bonne idée, relisons Françoise Sagan! J’ai été particulièrement touché par toute l’histoire entourant l’édition de ce roman posthume de Sagan, de l’heureuse trouvaille faite par son fils de ce manuscrit, dont les lettres commençaient doucement à s’effacer sous des tonnes de papiers… C’est connu, la fin de vie de Françoise Sagan en fut une difficile, elle était aux prises avec des problèmes financiers, doublés de problèmes de santé dus à une dépendance à des médicaments. J’aime beaucoup Françoise Sagan. Je vous recommande fortement la lecture d’Un certain sourire, le deuxième roman de Sagan, après Bonjour tristesse. On y retrouve certaines allusions à l’existentialisme, à cette fameuse nausée, en plus d’une illusion au grand Jean-Paul Sartre, dont Françoise Sagan était l’amie. 

Allez, je vous gâte un peu avec l’extrait en question :

« Je me retrouvai dans les Champs-Élysées avec sur les lèvres le goût d’une bouche étrangère et décidai de rentrer pour lire un nouveau roman.

C’était un très beau livre de Sartre, L’Âge de raison. Je m’y jetai avec bonheur. J’étais jeune, un homme me plaisait, un autre m’aimait. J’avais à résoudre un de ces stupides petits conflits de jeune fille; je prenais de l’importance. » (Françoise Sagan, Un certain sourire, Julliard, Paris, 1956, p. 40).

Ce beau roman, Françoise Sagan le dédit à Florence Malraux. La fille d’André Malraux était amie avec Sagan.

La nausée existentielle, qu’on connaît de Sartre, il l’a peut-être même inventée, est bien présente dans Un certain sourire :

« Et je me soulevais sur le coude pour l’embrasser. Mais en me penchant sur lui je fuis envahie d’une sorte de nausée, de la conviction irrémédiable que ce visage, cet homme, c’était la seule chose pour moi. » (Françoise Sagan, Un certain sourire, Julliard, Paris, 1956, p. 127).

De même que l’existentialisme tout court :

« Vous avez le temps de quoi? dis-je?
De rien. Ni le temps, ni la force, ni l’envie. Si j’avais été capable de quoi que ce soit, je t’aurais aimée.
Qu’est-ce que ça aurait changé? » (Françoise Sagan, Un certain sourire, Julliard, Paris, 1956, p. 129).

Comment peut-on ne pas aimer Françoise Sagan? Tout ce qu’elle écrit est absolument sublime, pas compliqué. On peut facilement s’y attacher.

« Je n’avais jamais tant aimé un visage. J’aimais même ses joues, alors que les joues m’avaient toujours paru une partie sans chair, l’aspect « poisson » du visage. À présent je comprenais Proust parlant longuement des joues d’Albertine, lorsque j’appuyais mon visage contre celles de Luc, fraîches et un peu rêches de la barbe qui y renaissait. Il me faisait aussi découvrir mon corps, m’en parlait avec intérêt, sans indécence, comme d’une chose précieuse. » (Françoise Sagan, Un certain sourire, Julliard, Paris, 1956, p. 90).

Je ne pourrai terminer que sur meilleure note mon compte rendu de lecture. Je reviendrai avec un nouveau billet pour le Chambre d’hôtel de Colette, car j’ai trop à dire.

« La vie est juste en face. » – Antonine Maillet (1929-2025)

C'était un jour que tous ses admirateurs savaient plus proche que lointain. Antonine Maillet s'est éteinte dans le 17 février à son ...